Un évêque MEP du XVIIIe siècle retrouve sa place rue du Bac !
Il y a quelques semaines, en vente à Drouot, les MEP ont pu acheter un tableau qui vient raviver le souvenir de Mgr Guisain, missionnaire du début du XVIIIe siècle que l’histoire avait relativement oublié.

« François Gabriel Gusain du Séminaire des Missions étrangères, évêque de Laranda, vicaire apostolique du Tonquin, mort à la Chine en 1723, âgé de 58 ans », Huile sur toile, 73,5 x 58,5 cm, Collections MEP / IRFA
Ce beau portrait en buste, d’un peintre français anonyme, a sans doute été excuté à Paris vers 1689, date de son départ sans retour pour l’Asie. A la fin du XVIIe siècle, rares sont les missionnaires dont les traits sont fixés pour la postérité. Alors que, deux siècles plus tard, une fois la photographie inventée, chaque missionnaire partant sera pris en photo au moment de son grand départ. Si François Guisain a pu être portraitisé à l’huile, c’est sans doute parce qu’il appartenait à une famille parisienne aisée : son père était avocat au Parlement de Paris sous Louis XIV, une fonction qui témoigne d’un statut social privilégié.
C’est à la mission du Tonkin que François Guisain a donné sa vie. Quatrième vicaire apostolique MEP du Tonquin après François Pallu, Jacques de Bourges et l’éphémère Edme Bélot, François Guisain s’y trouve de façon clandestine : avec ses confrères, il n’est autorisé à y demeurer que sous la couverture d’un marchant. Il est toutefois le premier à connaître une ère de proscription du catholicisme et de violences envers les chrétiens. En effet, le 27 avril 1712, sur ordre royal, le gouverneur de Hanoi cherche à se saisir de tous les prêtres qui se trouveraient dans les églises de la ville. Les missionnaires étrangers sont bannis tandis que les chrétiens locaux, désignés comme les « sectateurs de la religions des Portugais » (Học Đạo Hoa Lan) sont recherchés. Cette année-là, le journal de la mission tenu par les pères MEP résume ainsi la situation : « On dira seulement ici qu’on croit que la plus grande partie des chrétiens a succombé sous le poids d’une si rude persécution. Plusieurs ont aussi remis les livres et autres choses de notre religion entre les mains des chefs de quartier de la ville royale pour se mettre à l’abri de leurs compatriotes ».
Après un bref exil au Siam, le P. Guisain peut retourner au Tonquin, mission qu’il administre jusqu’à sa mort en 1723 dans la région de Ninh Bình. Mgr Guisain s’est illustré par son soin particulier à la naissance d’un clergé local, comme le montre notamment la lettre ici reproduite. Il y relate aux directeurs du séminaire de Paris que « La mission du Tonquin est celle qui a le moins dépensé et consommé le moins de missionnaires jusqu’à présent parce qu’il y a eu un grand nombre de prêtres tonquinois ».

lettre autographe de Mgr Guisain écrite du Tonkin, le 14 octobre 1719. AMEP 655 Collections MEP / IRFA
Article de Marie-Alpais Dumoulin, directice de l’IRFA.
Cet article est à retrouver en juin dans le numéro 626 de la revue Missions Etrangères de Paris.
