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La libération de Paris dans les Echos de la Rue du Bac

Publié le 05/07/2024

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La libération de Paris dans les Echos de la Rue du Bac

Après les célébrations des 80 ans du Débarquement, le 6 juin dernier, place à celles de la libération de Paris. L’occasion de se replonger dans les archives des Échos de la rue du Bac racontant les jours difficiles, et les heures décisives, qui ont précédé cette délivrance.

Le séminaire des Missions Etrangères sous l’Occupation

Si la guerre a espacé les éditions des Échos de la rue du Bac, elle ne les a pas supprimées pour autant, et ces nouvelles internes racontent, sobrement, ce quotidien fait de pénuries, de restrictions sévères, et de débrouille, dans un pays coupé en deux :

« Venait ensuite une question fort embarrassante : un bon nombre de nos séminaristes étant de la zone occupée, ou de la zone interdite, et l’autorisation de franchir la ligne de démarcation n’ayant pu être obtenue malgré de multiples démarches, où les envoyer passer leurs vacances? M. le supérieur général s’est vu dans la nécessité de leur interdire sévèrement de tenter des aventures. Les aspirants s’y sont résignés, mais ils ont pu s’en aller tous en campagne, qui dans des colonies de vacances, qui chez des parents, qui chez des amis ou des condisciples, etc. » (Échos n° 429 du 25 septembre 1941).

Les vocations sont encore nombreuses – le nombre de 185 aspirants est mentionné dans les Échos n° 430 du 22 décembre 1941 –, mais les départs sont impossibles depuis le début des hostilités. Ainsi, les aspirants prêtres qui attendent de pouvoir rejoindre leurs pays de mission, sont envoyés dans les diocèses. « Nous comptions actuellement soixante-treize jeunes prêtres qui seraient prêts à s’embarquer vers les Missions si les voies en étaient libres. Ils sont dispersés dans divers diocèses, où ils remplissent les fonctions ecclésiastiques les plus variées » (Échos n° 435 du 8 décembre 1943).

Par ailleurs, la vie des séminaires est sérieusement désorganisée : certains aspirants sont réquisitionnés par le STO, d’autres encore sont mobilisés dans les armées alliées. Dans ce même numéro des Échos, nous apprenons que vingt-neuf aspirants sont prisonniers de guerre et quarante-trois sont retenus en dehors du séminaire par leurs mobilisations.

Paris s’insurge !

En août 1944, nous retrouvons les Missions Étrangères au milieu de la tourmente. Bien que la rue du Bac ait été épargnée par les bombardements aériens qui se sont intensifiés sur la capitale, depuis le début de l’année, les séminaires de Bièvres et Bel-Air sont occupés par les Allemands. Les conditions de vie s’aggravent l’été venu, le Haut Commandement allié tarde à libérer Paris car cela est jugé trop dangereux et trop coûteux.

« À partir du 20 juillet, le cercle des restrictions se rétrécit : suppressions du courant électrique pendant une partie de la journée, distribution du gaz seulement à l’heure des repas et, bientôt, arrêt total, entraînant de sérieuses difficultés pour la cuisine et le blanchissage du linge, le charbon faisant lui aussi défaut depuis longtemps » (Échos n° 437, 20 septembre 1944).

(Échos n° 437, le 20 septembre 1944)

Depuis le débarquement en Normandie, les résistants parisiens contiennent difficilement leur impatience. C’est alors que Paris, qui a trop souffert, se soulève contre l’ennemi. À partir du 10 août, les syndicats instaurent un climat insurrectionnel en déclenchant des grèves (d’abord les cheminots, puis la gendarmerie et la police). Le 18 août, ce processus s’accélère avec l’appel au combat du colonel Rol-Tanguy, chef des Forces françaises de l’intérieur (FFI). Dès le lendemain, le 19 août, des affrontements violents éclatent dans le centre de Paris, au plus près de la rue du Bac :

« Après une brève suspension d’armes dans l’après-midi du dimanche 20, les combats reprennent le lundi matin et vont se prolonger toute une semaine. Les principaux points de résistances des Allemands sont situés à la Chambre des députés, à l’École militaire et au palais du Luxembourg, aménagés en forteresse. Nous sommes donc en plein centre de la bataille. Des barricades s’élèvent dans les rues avoisinantes, comme du reste par toute la ville. Le 23, un poste de secours de La Croix-Rouge a été installé au n° 106 de la rue du Bac pour la relève des morts et des blessés. Sur la demande de l’Archevêché, un certain nombre de nos confrères y assureront une permanence, de jour et de nuit, pour le secours spirituels à donner aux blessés qui y seront amenés » (Échos n° 437, le 20 septembre 1944).

La chevauchée de la 2e DB

Afin d’éviter un bain de sang, et de porter main forte à l’armement rudimentaire des Forces françaises, le général Eisenhower accepte que la 2e DB du général Leclerc fonce sur la capitale. Le 24 août, vers 22 heures, les autos blindées de la division Leclerc entrent dans Paris par les portes de Versailles, d’Orléans, et d’Italie.

« Aussitôt les cloches des églises et des chapelles se mettent en branle. On n’était plus habitué à les entendre à une heure aussi tardive, car, depuis plusieurs mois, il était interdit de les sonner entre 6 heures du soir et 8 heures du matin » (Échos n° 437, le 20 septembre 1944) .

C’est l’occasion pour les Missions Étrangères de retrouver un de leurs, Louis Michard, aspirant séminariste mobilisé au début de la guerre, et qui fut l’un des premiers à entrer dans Paris, à la tête de sa section.

« Un journal a annoncé que l’un des premiers officiers français de la division Leclerc entrés dans Paris est le lieutenant Michard, élève des Missions Étrangères. Le fait est exact. M. Michard, du diocèse de Moulins, mobilisé en 1939, blessé en mai 1940 et évacué en Angleterre, avait rejoint la division Leclerc en Afrique centrale et participé à toutes ses campagnes. Il fit téléphoner dans la matinée que, ne pouvant se déplacer, il serait heureux de voir quelqu’un; M. Destombes réussit à le rencontrer » (Échos n° 437, le 20 septembre 1944).

La reddition des Allemands est signée le 25 août, dans l’après-midi. Mais elle mettra plusieurs jours à entrer en application totale comme en témoignent les Échos de septembre 1944.

« Dès lors, la fusillade, de plus en plus faible, continuera plusieurs jours encore, de la part des soldats allemands isolés ou de francs-tireurs à leur solde, dissimulés derrière les persiennes des étages supérieurs ou sur les toits, entre les cheminées. ».

Cette lettre interne se termine en action de grâces, car la rue du Bac et Bièvres auront été miraculeusement épargnés.

« Notre maison n’a récolté que quelques balles perdues tombées par hasard dans le jardin. Grâces en soient rendues à Dieu, à sa sainte Mère et à nos bienheureux martyrs ! […] Le séminaire de Bièvres était autrement exposé, et l’on peut bien dire qu’il fut providentiellement épargné » (Échos n° 437, le 20 septembre 1944).

Portraits

Louis Michard, séminariste aux MEP :

©Musée de l’Ordre de la Libération

Né le 22 février 1914 dans l’Allier, Louis Michard entre au petit séminaire du Réray, près de Moulins. Il effectue son service militaire au 152e Régiment d’infanterie en 1934 et, à sa libération, un an plus tard, il entre comme séminariste aux Missions Étrangères à Bièvres, puis au grand séminaire de la rue du Bac à Paris. Il débarque le 2 août 1944, à Utah Beach, en Normandie. À bord de son char Montmirail, il s’illustre le 12 août, lors des combats de la forêt d’Ecouves, près d’Alençon. Il y sera blessé. Le 24 août, il est l’un des premiers à entrer dans Paris, à la tête de sa section, et, sur la route qui le conduit à la capitale, il fait ouvrir le feu sur une batterie de la Flack enterrée et parvient à détruire cinq canons. Après la libération de Paris, le capitaine Michard prend part aux campagnes de libération des Vosges et de l’Alsace. Le 28 janvier 1945, au cours de la prise de Grussenheim, il s’écroule dans la tourelle de son char, mortellement blessé. Inhumé à Saint-Dié, puis à Doyet, dans l’Allier, il est fait compagnon de la Libération, à titre posthume, par décret du 25 mars 1945.

Source : www.ordredelaliberation.fr/fr/compagnons/

P. Paul Destombes, MEP :

©Institut de recherche France-Asie/MEP

Paul Destombes rentre de Malaisie, en 1932, pour être affecté au séminaire de la rue du Bac. Il y enseignera du 18 février 1933 au 15 juin 1936. Il en devient, ensuite, le supérieur et le reste jusqu’en 1950. En 1939, il prend la décision de rouvrir le séminaire et rassemble, rue du Bac, les aspirants de Bièvres et de Paris. Tâche pour le moins délicate : manquent les morts au combat, les prisonniers de guerre… Le père Destombes connaît très bien les activités clandestines de ses aspirants, qu’il ne désavoue pas, se contentant de leur émettre quelques règles de prudence élémentaire. Dès 1943, il aide les réfractaires au STO, en leur procurant de faux papiers et de fausses cartes d’identité. Puis ce sont les départs vers les maquis de France ou vers l’Espagne et les Forces françaises libres. Ces lourdes responsabilités qu’il prendra permettront, par la suite, le maintien du séminaire dans une période particulièrement sombre et une belle reprise après la libération.

Source : https://irfa.paris/missionnaire/3363-destombes-paul/

 

Ecrit par Alexandrine Huchet, bibliothécaire de l’IRFA

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