1989 : Première visite papale de la « Grande Île »
Du 28 avril au 1e mai 1989, le pape Jean-Paul II est à Madagascar. Quelques semaines après cette visite, le P. Albert Alazard, éminent membre de la mission MEP de Madagascar, en livre un compte-rendu passionnnant :
« Les luttes politiques sont comme suspendues, on ne s’invective plus, on ne manifeste plus dans les rues de la capitale. On accourt de partout, mais c’est pour ‘tendre la main’ à ce Ray aman-dreny (père et mère), venu d’ailleurs. On oublie un instant la dureté de la vie, l’affairisme et la corruption ambiante. On oublie qu’on est pauvre ou riche, puissant ou faible. Oui, il a fait bon vivre à Madagascar, durant ces quelques heures ».
Le pape est accueillir par le président Ratsiraka, qui vient d’être réélu pour la 3e fois. Il l’est également par les 25% de catholiques que compte alors l’île, avec ses 9000 cathéchistes et 700 prêtres. Mais l’accueil est aussi très populaire : 600 000 Malgaches sont venus rencontrer le pape à Antananarivo, 400 000 autres dans les deux autres villes visitées, soit à peu près 1/10e de la population de l’île en 1989. Se trouvent parmi eux des chrétiens de différentes confessions et même des pratiquants de la religion traditionnelle malgache, tous avides d’espérance, ardents pour écouter les paroles du pape :
« Quelles que soient vos difficultés, vous devez être intrasigeants pour la défense du droit et de la justice. C’est vous, les Malgaches, qui devez agir. Refusez la violence, refusez le mépris, refusez le mensonge ou la malhonnêteté. Prenez des risques s’il le faut ».
Dans son compte-rendu, le P. Alazard relève les différents motifs de la crise d’espérance que traverse la Madagascar encouragée par Jean-Paul II : fermeture depuis quelques décennies de presque 50% des écoles de brousse existantes, recrudescence des maladies endémiques, isolement de régions entières par l’abandon des voies de communication, crise de l’agriculture…
Pour soutenir l’espérance malgré l’immensité des difficultés, le pape profite de ce voyage pour béatifier Victoire Rasoamanarivo (1848-1894), laïque et première malgache portée sur les autels. Visiteuse des pauvres et des lépreux, soutien de sa communauté après l’expulsion de tous les missionnaires étrangers en 1883, la bienheureuse Victoire invite le peuple malgache à ce que « tous se sentent au service du bien commun ».
Marie-Alpais Dumoulin, Directrice de l’IRFA
(Article paru dans la revue Missions étrangères, n°628, septembre 2026, p. 68)

Jean-Paul II à Fianarantsoa, IRFA, iconothèque, fonds Madagascar bt 2, 1989
