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2025 marque le centenaire de l’Exposition missionnaire vaticane de 1925

Publié le 05/01/2026

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Il y a un siècle, dans le cadre de l’année jubilaire de 1925, le pape Pie XI organisait l’Exposition Missionnaire Vaticane. Sous la direction du cardinal Van Rossum (Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande), l’exposition ouvre officiellement le 21 décembre 1924, pour une durée de 9 mois. Elle est une façon pour l’Eglise de témoigner de sa présence dans le monde, permise par l’entreprise missionnaire.

 

Discours inaugural du pape Pie XI lors de l’ouverture de l’exposition le 21 décembre 1924, IRFA, iconothèque, bt. Varia.

Sur le modèle des grandes expositions universelles et coloniales de cette époque, les jardins du Vatican accueillent alors dans leurs 10000m2 38 pavillons à thème, de la Terre Sainte à l’Hindoustan, en passant par l’Ethnographie, les « Contributions scientifiques et Civilisatrices des Missions », « l’Hygiène et la Médecine », et bien évidemment l’Asie. Le public peut y découvrir de nombreux objets rapportés par des missionnaires, prêtés par l’administration coloniale ou par des « amis » locaux des missions. Des bijoux et vêtements aux instruments de musique, en passant par les armes, les livres ou les pièces de monnaie, la variété des objets d’art et artisanaux illustre la variété des populations auprès desquelles œuvrent les missionnaires. C’est dans ce sens que le P. Louis Chorin (MEP) écrira dans un rapport de visite : « Nous avons reçu l’ordre d’aller et d’enseigner toutes les nations ; or cet ordre, — l’Exposition Missionnaire Vaticane le prouve, — nous l’avons fidèlement et vaillamment exécuté. »

Nous verrons par la suite comme les MEP ont été associés étroitement à la mise en œuvre des pavillons asiatiques de l’Exposition, qui ont attirés plus de 500 000 visiteurs en cette année sainte 1925.

 

Aperçu de l’exposition, vue des jardins du Vatican, « Les Missions catholiques », N°57, 1925.

 

 

Sous l’impulsion du cardinal Van Rossum, alors préfet de la congrégation De Propaganda Fide, le comité directeur en est composé de 36 prélats, membres de différentes sociétés missionnaires catholiques. Les MEP y sont représentées par le P. Joseph Mollat (1886-1948), ancien missionnaire de Chine, qui rejoint Rome pendant 2 ans pour piloter les préparatifs. Le P. Mollat est particulièrement en charge de réaliser la « Salle des Martyrs » de l’exposition, transposant à l’échelle de l’Eglise universelle la Salle des martyrs MEP de la Rue du Bac. Concrètement, sa feuille de route est aussi de faire venir de toutes les missions MEP en Asie objets artistiques et artisanaux, reliques et documents, autant d’éléments symboliques destinés à faire vivre aux yeux des visiteurs le quotidien et le contexte d’existence des chrétientés asiatiques.

Pour ce faire, dès 1923, le P. Mollat désigne dans chaque mission un père MEP responsable de la collecte et de l’expédition de ces objets. Le plus souvent, ce sont les procureurs des missions qui y sont assignés : ils effectuent des tournées dans les différents districts de leurs missions respectives pour en recueillir les objets les plus spécifiques. Ils font aussi réaliser des élements expressément pour l’exposition, comme des cartes ou des photographies. A Tokyo, en 1924, les jeunes gens de la paroisse mettent en scène l’historique des chrétiens japonais du XVIIe siècle ; la représentation théatrâle est filmée pour être ensuite diffusée durant l’exposition vaticane.

Au milieu de tant d’autres sociétés et congrégations missionnaires, la singularité de l’action des MEP devient un enjeu central de promotion. C’est dans ce sens que Mgr Jean de Guébriant, alors Supérieur général des MEP, écrit le 18 octobre 1923 aux évêques de la Société : « Vu la multiplicité des populations chez lesquelles nous travaillons, notre effort devra porter surtout sur celles qui sont spéciales à nos missions (v. g. Siamois, Thibétains, Lolos, Bahnars, Laotiens, Dioï etc.) plutôt que sur les grandes nations confiées à divers Instituts missionnaires (tels que les Chinois, Japonais, Indiens etc.) ». L’accent est donc mis sur la valorisation du travail en terrain minoritaire, auprès des ethnies spécifiquement confiées aux MEP. Au Guizhou par exemple, le P. Mollat veut mettre en avant l’artisanat des Miao, demandant aux missionnaires de rassembler « un  service  complet  en  cuir  laqué,  une  collection  de  bibelots  en  réalgar  ou  sulfure  rouge  d’arsenic, quelques costumes miao, des estampes chinoises sur les Miao, et une douzaine de photographies de tribus différentes ».

Vue du pavillon de l’Indochine, où figurent les premiers martyrs MEP, AMEP iconothèque 1Fi-638, plaque de verre du père Flachère. IRFA

 

Durant un an, d’intenses préparatifs ont occupé toutes les missions MEP pour rassembler les éléments « destinés à donner au visiteur une idée de l’ambiance où vit le missionnaire dans les contrées les plus diverses ». Pour acheminer jusqu’à Rome les centaines de caisses ainsi préparées, négociations sont menées avec les compagnies des Messageries maritimes et de la Conférence des Indes. Toutes deux consentent à une réduction de 50% des frais de voyage des délégués de l’exposition et des caisses de matériel. Sur place, la présentation de cet ensemble foisonnant donne lieu à une scénographie chargée, alternant les évocations au fil des pavillons thématiques. Comme l’écrit le P. Chorin, « c’est  une  bouffée  d’inconnu  très  enivrante qui frappe le visiteur en plein visage et qui lui trouble même un peu le cerveau, que tout ce monde asiatique inquiétant à lui révélé par les pavillons de la Chine, de l’Indochine et de  l’Inde.  Intuitivement  se  recomposent  dans  l’esprit,  à  l’aide  des  matériaux  sensibles  et  visibles,  le  culte  païen,  les  assemblées  populaires,  les  émeutes,  les  funérailles,  les  fêtes  bouddhiques et chrétiennes, les scènes de la vie familiale, pastorale, maritime ».

Une galerie « du Lapidaire » expose par exemple des reconstitutions d’architectures chinoises, temples, éléments funéraires, portes etc. avec des représentations de Bouddha particulièrement saluées des visiteurs. Les ambiances locales veulent être mises en valeurs à travers des reconstitutions : on trouve par exemple dans le pavillon de la Chine « un village chinois et sa sucrerie », ainsi qu’un « intérieur mandchou si complet que rien n’y manque : images pieuses, ustensiles, meubles minuscules etc. ».

 

Maquette de la porte de Qianmen à Pékin, réalisée par un artiste chinois chrétien et envoyée à Rome par les MEP, Revue illustrée de l’Exposition missionnaire vaticane – publication officielle, Rome, n°19, 15 septembre 1925, p. 613

« Gardien de pagode en émaux cloisonnés », Les Missions catholiques, n°2918, 29 mai 1926, p. 259

 

Après celui de Chine, ce sont les pavillons de l’Indochine et de la Corée qui mettent le plus à l’honneur l’œuvre des MEP. L’Indochine est d’ailleurs repérable grâce à « l’impressionnante soierie d’allure chinoise, [aux] caractères brodés d’or : “Société des Mission-Étrangères de Paris” » qui en domine l’entrée.  Il s’agit de mettre en avant cette Société aux dimensions modestes par rapport aux grands ordres historiques : en 1925, les MEP se dénombrent en listant « 1155 missionnaires apostoliques disséminés dans 37 missions », accompagnés par « 1235 prêtres indigènes, 460 religieux, 1000 religieuses européennes, 7000 religieuses indigènes, et 3500 catéchistes enfin ».

Un père franciscain devant la reconstitution d’un intérieur mandchou, AMEP iconothèque 1Fi-635, plaque de verre du P. Flachère

 

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