Aperçu de la présence des Missions étrangères de Paris au Vietnam
1664-1975
La présence des MEP au Vietnam remonte au XVIIe siècle. En 1662, Mgr Pierre Lambert de la Motte devient le premier vicaire apostolique de Cochinchine. Le P. Louis Chevreuil est quant à lui le premier missionnaire MEP à se rendre en Cochinchine le 26 juillet 1664, justement en tant que vicaire délégué de Mgr Lambert. Au Tonkin, le P. François Deydier arrive en 1666, rejoint par Mgr de la Motte qui y tient un premier synode quatre ans plus tard.
Les missionnaires connaissent des débuts difficiles en raison d’un contexte politique non favorable aux chrétiens, une suite d’édits contre le christianisme et de cycles de persécutions. Un environnement hostile joue aussi contre les missionnaires : peu arrivent à atteindre leur vicariat et beaucoup connaissent une mortalité rapide en raison des conditions de vie. Le problème du maintien des effectifs persiste jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. En 1790, on ne compte toujours que quatre missionnaires MEP au Tonkin. La Révolution française et la fermeture du séminaire de Paris enterrent tout espoir de renforcement des effectifs missionnaires jusqu’en 1815.
En 1802, Nguyen Ang, assisté par la France, unifie le pays et devient l’empereur Gia Long. Si les débuts du règne de Gia Long sont favorables à la reconstruction des chrétientés du Vietnam, les règnes de Minh Mang (1820-1840), Thiêu-Tri (1840-1847) et Tu Duc (1848-1883) sont marqués par de violentes persécutions contre les chrétiens. De nombreux missionnaires subissent alors le martyre, comme le P. Joseph Marchand, condamné au supplice des cent plaies en 1835. Les persécutions s’apaisent avec le traité de Hué en 1862, signé entre la France, l’Espagne et le Vietnam, et garantissant la liberté d’exercer le culte chrétien. Le bilan des persécutions est néanmoins très lourd pour les populations chrétiennes locales. De plus, s’il leur accorde la liberté religieuse, le traité de 1862 ne résout pas pour autant leur situation, puisque les chrétiens du Vietnam qui vont encore connaître un quart de siècle de violences et faire les frais de l’hostilité à l’occupant français.
Dans la seconde moitié du XIXe, la France renforce son emprise sur le Vietnam. Établissant d’abord un protectorat sur toute la Cochinchine en 1874, les Français mettent ensuite la main sur l’Annam et le Tonkin 10 ans plus tard avec le traité de Hué. L’Indochine française nait en 1887. A partir de là, les missionnaires peuvent se réorganiser : le pays est divisé en plusieurs vicariats, les effectifs sont renfloués et les conversions plus nombreuses. Durant les vingt-cinq années d’épiscopat de Mgr Puginier (1868-1892), le nombre de catholiques au Tonkin occidental passe par exemple de 140 000 à 220 000.
Dans les premières décennies du XXe siècle, la situation se complique pour les missionnaires, du fait de difficultés avec l’administration française, de la famine et de la crise économique favorisant l’enracinement des idées nationalistes et communistes. En parallèle, les MEP vont procéder à une passation des charges ecclésiastiques aux mains d’un clergé local vietnamien. Ce processus débute en 1933, lorsque Mgr Nguyen Ba Tong prend la tête du vicariat de Phat Diêm. De 1939 à 1945, l’activité des missionnaires est grandement impactée par la guerre, les effectifs diminuant à cause de la mobilisation générale. De plus, les Japonais envahissent l’Indochine dès septembre 1940.
La capitulation des Japonais en septembre 1945 est suivie de la guerre d’Indochine à partir de 1946 et jusqu’en 1954. La situation des MEP au Vietnam varie alors d’un vicariat à l’autre, en fonction des zones occupées par les armées vietminh ou françaises. La prise de contrôle du Nord vietnamien par la République démocratique du Viêt Nam communiste pousse près de 700 000 catholiques à se réfugier au Sud, et aucun missionnaires MEP n’est plus présent au Nord à partir de 1970. Après la proclamation de la République socialiste du Vietnam en 1975, tous les missionnaires restants sont expulsés du pays.

MEP, Salle des Martyrs
Repères chronologiques
1662 : Mgr Lambert de la Motte devient premier vicaire apostolique de Cochinchine.
1664 : P. Louis Chevreuil est le premier missionnaire à se rendre en Cochinchine.
1666 : P. François Deydier arrive au Tonkin.
1668-1669 : ordination des premiers prêtres vietnamiens de Cochinchine et du Tonkin.
1670 : premier synode de l’Église du Tonkin
1691 : Mgr François Pérez est nommé vicaire apostolique de Cochinchine. Il est le premier évêque issu du clergé local du Vietnam.
1728 : seulement 4 missionnaires MEP à l’œuvre en Cochinchine.
1766 : ouverture du Collège de Hon Dat par le P. Jean-Baptiste Artaud.
1773 : un bref de Clément XIV confie au MEP la juridiction sur les districts du Tonkin et de Cochinchine.
1790 : seulement 4 missionnaires au Tonkin.
1802 : Nguyen Ang unifie le Vietnam et devient l’empereur Gia Long.
1815 : la mission de Cochinchine compte 3 missionnaires français, 18 prêtres vietnamiens et environ 60 000 chrétiens.
1820-1883 : violentes persécutions perpétrées par les empereurs successifs du Vietnam à l’encontre des chrétiens.
1862 : traité de Hué garantissant entre autres la liberté d’exercer le culte chrétien.
1868-1892 : épiscopat de Mgr Puginier. Le nombre de catholiques passe de 140 000 à 220 000.
1885-1910 : Mgr Louis Pineau est vicaire apostolique du Tonkin méridional.
En 1896, le vicariat compte 116 000 chrétiens, 544 chrétientés et 58 paroisses.
1887 : Tonkin, Annam et Cochinchine sont placés sous l’autorité du gouverneur général de l’Indochine française.
1933 : Mgr Nguyen Ba Tong prend la tête du vicariat de Phat Diêm.
1939-1945 : 2nde Guerre Mondiale. Les effectifs missionnaires diminuent.
1940 : invasion de l’Indochine par les Japonais.
1946-1954 : guerre d’Indochine. 700 000 catholiques se réfugient au sud après la prise de contrôle du Nord par les communistes.
1960 : le Saint-Siège institue la hiérarchie ecclésiastique organisée en diocèse.
1954-1975 : Guerre du Vietnam, très destructrice pour les MEP.
1975 : proclamation de la République Socialiste du Vietnam. Expulsion du pays des 54 missionnaires MEP restant. 5 pères meurent durant les affrontements précédant la réunification (1968-1975).
