Répartition géographique
La mission catholique du Tibet, telle qu’elle a été ouverte et conduite par les prêtres des Missions étrangères de Paris, se répartit géographiquement sur trois zones très distantes, appartenant chacune à l’aire culturelle tibétaine.
- Zone principale de déploiement de la mission : le Kham (Tibet oriental), également appelé « marches tibétaines ». Active entre 1854 et 1952, la mission du Tibet oriental se décompose ainsi :
– région de Kangding (Tatsienlu) et ses postes périphériques (Moximian, Chapa)
– zone frontalière du Sichuan (Bathang, Yerkalo, Yaregong)
– corne du Yunnan (Cigu, Cizhong, Weixi, Xiao Weixi)
– Salouen (Bahang, Kionatong).
- Mission du Tibet sud [1848-1854], dans les états indiens de l’Assam et de l’Arunashal Pradesh
- Mission de l’état indien du Sikkim [1880-1937], autour de Pedong, Maria-Basti, et Kalimpong.

Notice historique
Au XVIIe siècle, les jésuites portugais tentent d’entrer au Tibet à partir de leur poste à Agra (Inde). L’un d’eux, Antonio d’Andrade, parvient à atteindre Tsaparang en 1624 et y restera une vingtaine de jours. D’autres expéditions sont organisées au long des décennies suivantes. Cependant, aucune n’a de résultat apostolique concret. La Sacrée Congrégation de Propaganda Fide (SCPF) y envoie des Capucins en 1722. Ils réussissent à construire une chapelle à Lhassa, qu’ils quittent en 1747, lassés de ne pas voir éclore de conversions au catholicisme. A la fin du siècle, l’empire chinois assoit son pouvoir en envoyant plusieurs troupes militaires jusqu’à Lhassa , puis des hauts fonctionnaires impériaux (amban) pour organiser l’administration tibétaine dirigée par le Cabinet des ministres (kashag) et ainsi, prendre place aux côtés des ministres tibétains (kalons). Après cet évènement, le Tibet devint quasiment impénétrable par toute présence étrangère.
Après la signature des « traités inégaux » par la Chine avec l’Angleterre (Nankin) et la France (Huangpu), la SCPF profite de ces accords pour faire circuler des missionnaires européens plus facilement. Le 27 mars 1846, elle crée le vicariat apostolique de Lhassa et confie cette mission aux MEP. Mgr Pérocheau, alors vicaire apostolique du Sichuan, en reçoit la responsabilité provisoire. Les territoires compris dans cet immense vicariat apostolique sont le Tibet, les Marches tibétaines et les régions tibétophones du Nord de l’Inde (Ladakh, Bhoutan, Népal, Sikkim). La stratégie de la Congrégation est de pénétrer au Tibet par les frontières chinoises du Sichuan et du Yunnan. Une décennie plus tard, Mgr Thomine-Desmazures est nommé vicaire apostolique de Lhassa. Les missionnaires stationnent dans la région semi-indépendante des Marches tibétaines, où ils établissent leurs principaux postes. Plusieurs tentatives de progresser dans les terres tibétaines se soldent par des échecs.
Les attaques et les expulsions systématiques contraignent alors les missionnaires à chercher une ouverture à la frontière sud. Une première tentative malheureuse a lieu du côté de l’Assam. Une deuxième passe par le Sikkim, où de petites communautés chrétiennes prennent forme. Mais la frontière indienne se révèle pas moins hermétique que la frontière chinoise.
Confronté aux réalités du terrain, Mgr Chauveau, successeur de Mgr Thomine, décide en 1868 d’établir le siège apostolique à Tatsienlou (Kangding), territoire de la mission du Sichuan qui venait d’être rattaché à son vicariat apostolique. La mission du Tibet Sud est délaissée pendant 15 ans jusqu’à la nomination de Mgr Douénel en 1929. En 1937, les MEP y sont remplacés par les chanoines de Saint-Maurice. Au même moment, Mgr Valentin, vicaire apostolique résidant à Kangding, suggère à Mgr de Guébriant de céder les postes frontaliers des Marches tibétaines aux chanoines du Grand Saint-Bernard. Quelques-uns de leurs missionnaires se trouvaient en effet aux frontières du Yunnan depuis 1933. Les missionnaires MEP sur le terrain ne comptaient plus s’occuper que de la partie chinoise, où ils avaient depuis longtemps des postes solidement implantés. Le cours de l’Histoire en décide autrement ; l’arrivée du communisme au pouvoir chinois entraîna, en octobre 1950, l’invasion du Tibet. L’année 1952 voit l’expulsion de tous les missionnaires.
Chanoines réguliers du Grand-Saint-Bernard
Mgr de Guébriant, Supérieur général des MEP de 1921 à 1935, sollicite les chanoines réguliers du Grand Saint-Bernard à la demande de Mgr Giraudeau . Cette congrégation originaire de Suisse était en effet habituée à la vie en conditions montagnardes. En 1929, Mgr de Guébriant demande à Mgr Théophile Bourgeois, prévôt des chanoines, de lui envoyer quelques religieux en reconnaissance. Deux chanoines rejoignent les MEP au Tibet en 1933, puis trois autres en 1935 (à Weisi). Parmi eux, le P. Maurice Tornay qui sera assassiné en 1949. En 1934, un groupe de chanoines arrive aussi au Sikkim. Cette mission du Sikkim leur est cédée en 1937 et les chanoines s’implantent à Pedong, puis à Maria Basti et enfin à Kalimpong en 1960.
Bibliographie indicative
GROS (Stéphane), éd., SCHENDEL (Willem), HARRIS (Tina), collab., Frontier Tibet, patterns of change in the Sino-Tibetan borderlands, Amsterdam University Press, 2019, 554 p.
BRAY (John), « Trade, territory, and missionary connections in the Sino-Tibetan borderlands », p. [151]-178.
DESHAYES (Laurent), Histoire du Tibet, Paris, Fayard, 1997.
DESHAYES (Laurent), Tibet, 1846-1952 : les missionnaires de l’impossible, Paris, Les Indes savantes, 2008.
FAUCONNET-BUZELIN (Françoise), Les martyrs oubliés du Tibet. Chronique d’une rencontre manquée, Paris, Le Cerf, 2012.
FAUCONNET-BUZELIN (Françoise), Les porteurs d’espérance. La mission du Tibet-Sud (1848-1854), Paris, Le Cerf, 1999.
« Missions du Toit du monde », 2 octobre 2012 au 30 juin 2013, catalogue de l’exposition, musée des Missions Etrangères de Paris, MEP, 48 p.
