Henri PIANET1852 - 1915
- Status : Prêtre
- Identifier : 1530
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Identity
Birth
Death
Biography
Jules, Henri, Victor PIANET naquit le 25 août 1852, à Domblans, diocèse de St. Claude, département du Jura. Son père était instituteur. Jules-Henri devint orphelin de bonne heure. Recueilli par une bienfaitrice, il fut admis à la maitrise de Chartres, et acheva ses humanités au petit séminaire de Saint-Chéron, puis parcourut le cycle des études écclésiastiques au grand séminaire de Chartres. Incardiné à ce diocèse, il fut ordonné prêtre le 10 juin 1876, et nommé desservant dans une modeste et indifférente paroisse de la Beauce. En 1878, son évêque le rappela comme professeur au petit séminaire de Saint Chéron.
En 1879; l'entrée d'un ami au séminaire des Missions Etrangères fut pour M.Pianet une révélation de sa vocation. Le 17 septembre 1881, il se présenta, à son tour à la porte de ce même séminaire. Il reçut sa destination pour le vicariat apostolique du Cambodge qu'il partit rejoindre le 2 août 1882.
A son arrivée en mission, Mgr.Cordier l'envoya à Banam, chez M.Combes, chef de ce district, pour y étudier la langue viêtnamienne, et faire sa formation missionnaire. En août 1883, il baptisa à An-Nhon, les 70 premiers catéchumènes. En septembre 1883, M. Pianet fut mis à la tête de la chrétienté de Vinh-Loi (Xoai-Doi), fondée par M. Combes vers 1880, puis vers la fin de cette même année, il eût la charge de tout ce district. En 1884, il fonda la chrétienté de Loeuk-dek. L'insurrection de janvier 1885, le massacre de M.Guyomard, à Soai-Riêng, le 30 janvier 1885, l'incendie de la chrétienté de Kompong-Trabec l'obligèrent à se replier à Banam, où il organisa la défense de cette chrétienté. Les rebelles, écrit-il, nous croyant mieux armés que nous ne l'étions, disparurent bientôt, après avoir brûlé une vingtaine de maisons vides, situées en dehors de nos retranchements. Les païens, de leur côté, jugeant l'occasion favorable pour assouvir leur haine contre notre sainte religion, détruisirent mes quatre chrétientés du grand fleuve". Le calme revenu, M. Pianet regagna Vinh-Loi, releva les ruines de ce poste et des centres chrétiens voisins. et développa la chrétienté d'An-Nhon.
En 1886, M.Pianet prit la direction du district de Banam qu'il conserva une trentaine d'années. Aussitôt, il posa les assises d'une nouvelle église qu'il dédia à "la Vierge qui doit enfanter" de N.D. de Chartres, car il avait intéressé de nombreux prêtres et fidèles de ce diocèse de France à cette construction. Devenu ainsi l'architecte attitré de la mission, il construisit les églises de Sadec, de Soctrang, de Cantho, de Battambang, de Phnompenh et de Xom-Biên.
.En 1890, ce district formé de neuf chrétientés comptait 2.766 chrétiens. Il créa des centres chrétiens à Ba-Ngu, à Can-Chap vers 1889-90; vers 1896 il fonda deux petites stations sur les rives du petit fleuve Song-Bé, se proposant d'y amener le trop-plein de Banam et les confia à un prêtre viêtnamien. En 1900, il fonda une chrétienté à Ksach-sar. Malgré une santé délicate, il entreprit en barque et à pied, plusieurs voyages d'exploration dans la province de Prey-Veng, dont il dressa une carte très détaillée.
Dès son arrivée à BaNam, M. Pianet avait souvent fait appel à quelques chrétiens de bonne volonté et bien instruits pour former les catéchumènes. A la fin de 1904, Mgr. Bouchut lui demanda de fonder l'école des catéchistes de la mission. Celle-ci, bâtie à côté de l'église, s'ouvrit à Banam, en 1906, avec une quinzaine d'élèves. En 1908, Mgr. Bouchut notait dans son compte-rendu: "M. Pianet continue à être content du travail et du bon esprit de l'école de catéchistes. Dans quelques semaines, douze élèves quitteront Banam pour aller enseigner dans les paroisses. Ce seront les prémices de l'école. Quel sera leur succès? Le cher M. Pianet a toutes les anxiétés de la paternité. Pour ma part, j'augure bien de l'enseignement qu'ils ont reçu."
Tout heureux d'être leur "instituteur", M. Pianet apporta tous ses soins à la formation spirituelle, morale et intellectuelle de ses élèves. Doué de grands talents pédagogiques, il sut adapter et leur faire goûter son enseignement, et il s'attacha leur confiance. Il établit, dans ses grandes lignes, un règlement pour son école, puis en 1914, fit imprimer un "Directoire des Catéchistes-Institueurs" Il composa aussi une "Histoire de la Mission du Cambodge 1552-1852".
Jusqu'en 1912, avec l'aide d'un jeune missionnaire et d'un prêtre viêtnamien, M. Pianet, malgré ses infirmités, mena de front la direction de son district, et celle de l'école des catéchistes Depuis 1892, seize jeunes missionnaires furent envoyés chez lui pour l'étude de la langue viêtnamienne, et faire leur formation apostolique.
M. Pianet eût à souffrir, pendant une certaine période, de l'hostilité et de la conduite indigne de certains fonctionnaires français à son égard et envers ses néophytes. Mais il sût affermir dans la foi ses chrétiens au milieu de nombreuses tracasseries. Il donna le meilleur de lui-même à l'oeuvre des Catéchistes-Instituteurs.
Le vendredi 15 janvier 1915, à l'issue de la retraite annuelle des catéchistes, M. Pianet, déjà fatigué, demanda à recevoir le sacrement des malades Le matin, assis sur son pliant, il reçut la visite de MM.Bernard et Ménnetrier; il donna ensuite les destinations aux catéchistes qui allaient partir en paroisse, et écrivit quelques courtes lettres aux missionnaires qui allaient les accueillir. En début d'après midi, il s'allongea sur son lit. A la tombée de la nuit, il reçut, pleinement conscient, les derniers sacrements en présence de ses élèves et des catéchistes. A 9 h. du soir, il expira, sans agonie, assisté par MM. Bernard et Mennetrier.
Une salle de l'école fut transformé en chapelle ardente. Ses obsèques eurent lieu à Banam le lundi 18 janvier 1915; M.Herrgott, provicaire de la mission, les présida. Les restes mortels de M. Pianet furent déposés dans le caveau préparé par lui, au centre de l'église de Banam qu'il avait dédiée à la "Virgini Pariturae.
Novembre 1996
Obituary
M. PIANET
MISSIONNAIRE APOSTOLIQUE DU CAMBODGE
Né le 25 août 1852
Parti le 2 août 1882
Mort le 15 janvier 1915
Né le 25 août 1852 – Parti le 2 août 1882 – Mort le 15 janvier 1915
Henri-Jules Pianet naquit à Domblans (diocèse de Saint-Claude, Jura) le 25 août 1852. Si l’on cherche, dès son jeune âge, l’origine des aptitudes intellectuelles et des qualités morales qui devaient le faire remarquer au cours de ses près de trente-trois années d’apostolat, on la trouve tout d’abord dans la vertu même de ses parents. Son père, M. Jean-Louis Pianet, instituteur, joignait à un remarquable talent pour l’instruction de la jeunesse une passion du bien qui était chez lui comme un besoin de nature. Sa mère, ancienne sous-maîtresse dans un pensionnat de Dijon, appartenait elle-même à une famille profondément chrétienne.
Orphelin dès l’enfance, Henri fit très tôt l’apprentissage de la souffrance, qui devait devenir le trait distinctif de sa vie apostolique. Nature délicate, innocente, affectueuse, naïve même, il se montrait déjà, tout jeune homme, consciencieux et presque timide ; non par manque de courage, mais, comme beaucoup de ceux qui ont beaucoup souffert, par crainte de ne pas faire assez bien et de causer quelque peine aux autres.
Recueilli par une bienfaitrice généreuse et dévouée, Henri fut admis grâce à elle à la maîtrise de Chartres, où il vécut plusieurs années en paix, à l’ombre du vieux sanctuaire de Notre-Dame, pour lequel il conserva toute sa vie un attachement de prédilection. C’est là que se développa dans son cœur cette dévotion toute filiale à la Vierge Marie, dont il fit preuve jusqu’à sa mort. De la maîtrise, il alla achever ses humanités au petit séminaire de Saint-Chéron, qui comptait parmi ses anciens élèves le cardinal Pie, évêque de Poitiers.
« Là, disait un de ses anciens maîtres, il se fit estimer et aimer de tous ; et, chose plus difficile, il y réussit sans porter ombrage. »
Ordonné prêtre en 1876, il fut d’abord nommé desservant d’une modeste paroisse de la Beauce, où la foi avait beaucoup diminué et où la pratique religieuse était devenue fort rare. Le jeune prêtre souffrit vivement de l’indifférence presque complète de ses paroissiens, qui le laissaient trop souvent seul, aussi bien à l’église qu’au presbytère. Connaissant ses aptitudes pour l’enseignement, l’évêque de Chartres le rappela en 1878 comme professeur au petit séminaire de Saint-Chéron. Toujours appliqué à bien faire, à rendre service et à ne pas tenir de place, il y fut à la fois un confrère apprécié et un maître édifiant pour les élèves.
C’est alors que l’entrée d’un ami au Séminaire des Missions Étrangères, en 1879, fut pour M. Pianet comme la révélation de sa véritable vocation. Jusque-là, il ne semblait pas songer aux missions et n’en avait parlé à personne ; mais, à partir de ce jour, sa résolution fut prise. Deux ans plus tard, il entrait à son tour à la rue du Bac, d’où il partit, le 2 août 1882, pour le Cambodge. Ceux qui l’entendirent le jour où il reçut sa destination n’ont pas oublié la manière naïve dont il exprimait à la fois sa surprise et sa joie :
« Au Cambodge ? Oui, Monsieur, au Cambodge ! »
Et il ne se lassait pas de répéter : « Je vais au Cambodge ! »
Premiers pas au Cambodge (1882-1884)
À son arrivée en mission, M. Pianet fut placé à Ba-Nam, auprès de M. Combes, afin d’y étudier la langue annamite. Dès septembre 1883, il se trouvait déjà à Vinh Loi, essayant de voler de ses propres ailes ; toutefois, il ne fut officiellement chargé du soin de ce district qu’à la fin de la même année. On devine aisément avec quelle ardeur et quel zèle il se consacra dès lors à ses chrétiens.
Ses marches et ses chevauchées apostoliques ne connaissaient aucun répit : il était infatigable. Faisant plus tard allusion à sa santé, alors encore bonne, il disait avec simplicité :
« C’était le bon temps ; je ne craignais rien. »
L’insurrection de 1885 et la défense de Ba-Nam
L’insurrection qui éclata en janvier 1885 vint troubler ce bonheur jusque-là sans mélange. Des bandes de rebelles parcouraient le pays, pillant et ravageant tout sur leur passage, mais s’attaquant surtout aux villages chrétiens. Après le massacre de M. Guyomard à Soai Rieng et l’incendie de la chrétienté de Kompong-Trabec, M. Pianet jugea prudent de se replier sur Ba-Nam, où il organisa la résistance.
Il écrivait alors :
« En quelques heures, un camp retranché fut improvisé à l’entrée du village, et, le lendemain, nous étions attaqués par une bande de trois cents Cambodgiens.
Nous n’avions pour nous défendre que vingt-cinq fusils, avec quelques canons de vieux modèle, qui, en réalité, ne pouvaient guère nous servir, car il n’y avait qu’une charge de poudre pour chaque pièce. Mais ce furent les apparences qui, après Dieu, nous sauvèrent.
Les rebelles, nous croyant mieux armés que nous ne l’étions, disparurent bientôt, après avoir brûlé une vingtaine de maisons vides situées hors de nos retranchements.
Les païens, de leur côté, jugeant l’occasion favorable pour assouvir leur haine contre notre sainte religion, détruisirent mes quatre chrétientés du grand fleuve. »
Retour à Vinh Loi et relèvement des chrétientés
Dès que le calme fut rétabli, M. Pianet retourna à Vinh Loi. Il releva les ruines de ce poste et des postes voisins, et obtint de nombreuses conversions. Il contribua également beaucoup au développement de la chrétienté d’An-Nhon.
En 1886, il prit la direction du district de Ba-Nam, qu’il devait conserver près de trente ans. Le champ était vaste, et le missionnaire pouvait y donner libre cours à l’ardeur de son zèle. Mais les épreuves allaient commencer.
Maladie, hostilités et fermeté apostolique
Une maladie assez mal définie, qui ne lui laissait de repos qu’à de rares intervalles, s’était déclarée pendant son séjour à An-Nhon, où il habitait une paillote humide. Toutefois, les souffrances physiques qu’elle lui causa par la suite à Ba-Nam lui parurent moins pénibles encore que les amertumes qu’il éprouva du fait de l’hostilité et de la conduite indigne de certains fonctionnaires français à son égard et à celui de ses néophytes.
Les avanies qu’il eut à subir dans ces douloureuses circonstances n’arrêtèrent pourtant nullement le zèle de notre courageux confrère ; elles ne l’intimidèrent pas davantage. La chrétienté de Ba-Nam prit, au contraire, un nouvel essor sous sa vigoureuse impulsion. L’étude de la doctrine y était particulièrement en honneur, et le degré supérieur d’instruction qui en résulta contribua puissamment à affermir les néophytes dans la foi, au milieu des persécutions et des tracasseries dont ils furent trop souvent l’objet.
Le clerc de Notre-Dame de Chartres
L’œuvre bâtisseuse et l’architecte de la mission
M. Pianet demeurait toujours, de cœur et d’âme, un « clerc de Notre-Dame de Chartres ». En 1888, il posa à Ba-Nam les premières assises d’une belle église qu’il dédia à la Vierge et à la construction de laquelle il sut intéresser les nombreux prêtres, amis et bienfaiteurs qu’il comptait en France, surtout à Chartres.
L’élégante harmonie de l’ensemble et le fini des détails de cet édifice de style gothique révélèrent à tous le talent d’architecte du curé de Ba-Nam, sa sûreté de coup d’œil et son goût impeccable d’artiste. Bien des confrères, même des missions voisines, mirent par la suite ces qualités à contribution.
Le vif désir qu’avait M. Pianet de promouvoir la gloire du vrai Dieu dans un pays païen comme le Cambodge, où pullulent les pagodes dorées, et son empressement constant à rendre service à tous, firent de lui, en quelque sorte, l’architecte attitré de la mission. On lui doit ainsi, pour ne citer que les principales, les églises de Saïdec, Soc-Trang et Cần Thơ en Cochinchine ; celles de Battambang, Phnom-Penh et Xom-Bien au Cambodge.
Fécondité spirituelle et nouvelles fondations
L’église de Notre-Dame de Chartres était à peine achevée à Ba-Nam qu’un nouveau mouvement de conversions se dessinait dans le district.
« Vous souvient-il, écrivait M. Pianet à un ami de France, qu’au début de l’entreprise je priai la Vierge qui doit enfanter de donner ici de nombreux frères à son Fils premier-né ? Or, dans le dernier compte rendu, j’ai pu inscrire cent quatre-vingt-neuf baptêmes de païens… L’action de Notre-Dame de Chartres est donc évidente. »
Quelques années plus tard, il organisait, sur les bords d’un fleuve de l’intérieur, deux petites stations destinées à recevoir le trop-plein de Ba-Nam ; puis, en 1900, il jetait les fondations d’une troisième, au pied de la montagne de Baphnôm.
Courage au travail et explorations apostoliques
M. Pianet, que les médecins avaient à plusieurs reprises condamné, travaillait cependant avec un courage et une persévérance au-dessus de tout éloge. Durant les quelques mois de répit que lui laissait sa maladie, il osa même entreprendre, en barque et à pied, plusieurs voyages d’exploration dans la province de Prey Veng, dont il dressa une carte très détaillée, conservée longtemps — et pour cause — à la Résidence de France.
Un jeune missionnaire, qui l’accompagnait au cours d’une de ses expéditions dans le Haut Song-Bé, rapporte ce témoignage :
« Nous devions partir en barque vers six heures du matin ; mais le Père ayant passé une fort mauvaise nuit, je pensais voir le voyage remis aux calendes grecques.
Quel ne fut pas mon étonnement de l’entendre donner l’ordre du départ pour dix heures !
Un peu après midi, lorsque nous venions de dépasser le marché de Bamé, le Père descendit à terre, une feuille de papier et un crayon à la main, afin de noter avec plus d’exactitude les détails topographiques du pays que nous traversions.
Il fit de même les jours suivants, ne remontant en barque que pour faire ses exercices de piété avec la régularité d’un séminariste, prendre ses repas et passer la nuit.
En moins d’une semaine, il parcourut ainsi près de cent cinquante kilomètres à pied et visita toutes les stations chrétiennes rencontrées sur sa route, depuis Ba-Nam jusqu’à Peam-Phka-Merech. »
Un formateur de missionnaires
Les seize jeunes missionnaires qui, depuis 1892, furent envoyés à Ba-Nam pour y apprendre la langue et faire leurs premières armes, pourraient raconter bien des faits qui, d’un autre ordre, montreraient de quelle énergie était doué ce missionnaire, presque toujours souffrant, mais toujours préoccupé du salut des âmes.
Dieu seul sait l’heureuse influence qu’exercèrent sur ces nouveaux confrères, venus des quatre coins de la France, les exemples et les vertus de ce vétéran de l’apostolat, qu’un autre vétéran appelait à juste titre « le missionnaire des épreuves et de la souffrance ».
Que de fois, plus tard, au cours des étapes de leur vie de district, vie de contradictions et de luttes, ces missionnaires, formés à Ba-Nam, vinrent chercher auprès de leur vieil ami le repos, les encouragements et les conseils dont ils avaient besoin !
La fondation de l’école des catéchistes (1904)
Une œuvre éducative mûrie dans l’épreuve
À la fin de l’année 1904, M. Pianet fut choisi par Mgr Bouchut pour fonder l’école des catéchistes de la mission. Le choix ne pouvait être plus heureux, car il répondait tout à la fois au goût très prononcé de notre confrère pour l’éducation de la jeunesse et à son attrait pour les constructions.
En peu de temps, M. Pianet fit élever le bâtiment solide et élégant que l’on aperçoit du fleuve, près de la flèche gothique, laquelle semble le couvrir de son ombre protectrice. C’est là que vinrent s’abriter d’abord une quinzaine, puis, l’année suivante, une trentaine d’élèves, qui faisaient la joie de leur maître, si aimant et si dévoué.
Tout était à créer dans cette œuvre naissante : installer d’abord, organiser ensuite. Notre confrère fit alors preuve de cette intelligence pratique, de cette bonté d’âme et de cette volonté de fer qui constituaient ses qualités maîtresses. Il triompha de difficultés qui, pour d’autres, eussent été insurmontables. Après avoir prié et consulté, il traça lui-même le règlement de l’école dans ses grandes lignes. Plus tard, après une période d’essais, ce règlement fut complété par le Directoire des Catéchistes-Instituteurs, imprimé seulement en 1914.
Le pédagogue au crépuscule de sa vie
À la lecture attentive de ce manuel, on se fait une juste idée des soins minutieux apportés par M. Pianet à la formation de ses chers élèves, dont il se jugeait heureux d’être l’instituteur. Il écrivait avec humilité à l’un de ses confrères :
« Vous admirez qu’au crépuscule de ma vie je me résigne, à quatre mille lieues de mon pays, aux fonctions de pédagogue. Oh ! si vous saviez combien je suis reconnaissant à Monseigneur de m’avoir donné cette place, et combien aussi je suis reconnaissant à mes élèves de vouloir bien recevoir mes leçons… »
Instituteur de formation, il avait le don de s’attacher ses élèves et celui, plus rare encore, de leur faire aimer des leçons parfois très didactiques, grâce à l’art avec lequel il savait les agrémenter. Il parvenait ainsi à donner une véritable culture aux intelligences les plus frustes et obtenait des résultats très satisfaisants.
Dès 1908, Mgr Bouchut écrivait à son sujet :
« M. Pianet continue à être satisfait du travail et du bon esprit de son école. Dans quelques semaines, douze élèves quitteront Ba-Nam pour aller enseigner dans les paroisses. Ce sont les prémices de l’école des catéchistes. Réussiront-ils ? Le cher M. Pianet a toutes les anxiétés de la paternité ; mais, pour moi, j’augure bien de l’enseignement qu’ils ont reçu. »
Déclin des forces et persévérance héroïque
Jusqu’en 1912, notre confrère, malgré une infirmité qui lui rendait la marche pénible et malgré sa vieille maladie, mena de front la direction de son vaste district et celle de son école de catéchistes. Son ardeur au travail maintenait encore son corps exténué au service d’un esprit dont la vigueur demeurait intacte.
Mais, la veille de la Pentecôte, on le trouva, de grand matin, étendu sans connaissance près de la fenêtre qu’il avait ouverte. On l’administra en toute hâte ; après quelques heures, il revint à lui et recouvra l’usage de la parole. À partir de ce jour, cependant, ses forces déclinèrent rapidement.
Il obtint l’autorisation de célébrer la sainte messe dans une chambre voisine de la sienne. Les missionnaires qui venaient le visiter étaient surpris de le trouver assis sur un petit pliant près de son lit, faisant la classe comme à l’ordinaire. Dans les moments d’extrême fatigue, il confiait la leçon à un autre, l’écoutant attentivement et reprenant au besoin celui qui le remplaçait.
Le bruit et le tapage des élèves aux heures de récréation ne l’incommodaient nullement ; au contraire, le silence et la solitude l’effrayaient et redoublaient ses angoisses.
L’âme éprouvée dans la nuit
Ses souffrances physiques et morales durent être parfois intolérables, si l’on en juge par cet extrait d’une lettre adressée à un ami intime :
« Il me semble que je suis tout meurtri des coups que je reçois de jour comme de nuit ; j’ai beau crier vers Dieu, quelquefois tout haut, quand je suis sûr que Lui seul m’entend, Il ne cesse de me poursuivre sans me laisser de répit.
Vous du moins, qui êtes mon ami, priez pour moi. Peut-être que si beaucoup d’âmes en grâce avec Dieu s’intéressaient en ma faveur, Il consentirait à abréger ma pénitence. »
Tels étaient les sentiments de cette âme que Dieu faisait passer par le creuset de la souffrance afin de la purifier et de la préparer à paraître devant Lui. Comme il arrive souvent, même après une longue maladie, la mort devait survenir plus tôt qu’on ne l’attendait.
La mort sainte (15 janvier 1915)
On était au vendredi 15 janvier 1915, à l’issue de la retraite annuelle des catéchistes. M. Pianet avait fait la sainte communion de grand matin et demandé que l’on lui administrât l’extrême-onction dans la journée.
À huit heures et demie, MM. Bernard et Mennetrier vinrent le voir. Le cher malade, assis sur son pliant, parla peu et avec difficulté, la tête inclinée sur la poitrine. Ils se retirèrent tous deux vers neuf heures, à l’arrivée des catéchistes qui allaient recevoir leurs destinations. À cette occasion, M. Pianet écrivit quelques lettres très brèves aux missionnaires auprès desquels les catéchistes étaient envoyés.
À midi, il ne prit aucune nourriture — fait qui fut remarqué comme un symptôme extraordinaire — mais rien ne laissait encore prévoir un dénouement si proche. Il se coucha alors sur son lit pour ne plus se relever, ne changeant presque pas de position et demeurant dans un état de prostration complète.
À la tombée de la nuit, on jugea prudent de lui administrer les derniers sacrements, qu’il reçut en pleine connaissance, en présence de ses élèves et de ses catéchistes, profondément émus. À neuf heures du soir, il expira sans agonie, assisté jusqu’à la fin par MM. Bernard et Mennetrier.
Veillée funèbre et obsèques
Le corps, revêtu des ornements sacerdotaux, fut transporté dans une des salles de l’école, transformée en chapelle ardente. Les chrétiens y récitèrent sans interruption les prières des morts pendant toute la nuit et une partie des deux jours suivants.
Les obsèques eurent lieu le lundi suivant. En l’absence de Mgr Bouchut, elles furent présidées par M. Herrgott, provicaire de la mission, entouré de dix missionnaires et de prêtres indigènes. Les autorités provinciales assistaient à la cérémonie, ainsi qu’une foule nombreuse de chrétiens accourus de tous les points du district et des districts voisins.
M. le Résident de France à Prey Veng prononça l’éloge funèbre du défunt, qu’il qualifia de « grand Français » : hommage de réparation, certes tardif, rendu à celui qui travailla si longtemps au Cambodge pour la cause sacrée de la religion et de la patrie.
Repos dans l’église de Notre-Dame de Sous-Terre
Les restes mortels de notre cher et vénéré confrère furent déposés dans le caveau qu’il s’était préparé au centre de l’église dédiée par lui à Notre-Dame de Sous-Terre, Virgini parituræ. C’était bien le lieu de repos qui convenait à l’ancien clerc de Notre-Dame de Chartres, qu’il avait tant aimée et à laquelle il avait consacré toute sa vie.
Sit memoria illius in benedictione.
References
[1530] PIANET Henri (1852-1915)
Bibliographie :
Directoire des Catéchistes-Instituteurs, 1914
J. Pianet Histoire de la Mission du Cambodge 1552-1852, Hong-Kong 1929
PIANET Jules
(1852-1915)
[1530] PIANET Jules, Henri, Victor.
Références biographiques
AME 1913 p. 259sq. 1915-16 p. 31. CR 1882 p. 103. 1885 p. 101. 1887 p. 156. 1888 p. 147. 148. 1890 p. 143. 1895 p. 234. 1896 p. 238. 1900 p. 173. 1903 p. 208. 1905 p. 190. 1906 p. 185. 1907 p. 221. 222. 1908 p. 202. 203. 1910 p. 202. 354. 1911 p. 185. 1915 p. 113. 227. 1923 p. 126. 212. 1927 p. 184. 1932 p. 394. 409. 1933 p. 181. 1935 p. 327. 334. BME 1932 p. 794. Articles : 1928 p. 592. 656. 718. 1929 p. 14. 78. 142. 224. 328. 395. 453. 517. 581.
Mémorial PIANET Jules, Henri, Victor page 2
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