400e anniversaire de la naissance de
Mgr François PALLU (1626-1684) : une existence étonnnante
Mgr François Pallu est l’un des principaux fondateurs des Missions Étrangères de Paris. En 1659, il est nommé premier vicaire apostolique du Tonkin, dans le nord du Vietnam. Infatigable organisateur des missions d’Asie du Sud-Est, il entreprend trois voyages entre l’Europe et l’Extrême-Orient. Il décède le 29 octobre 1684 au sud-est de la Chine et ses cendres sont rapatriées en 1954 aux MEP.
Quelle existence étonnante que celle de Mgr François Pallu, premier vicaire apostolique du Tonkin, qui, promu tout jeune à une carrière ecclésiastique à Tours[1], a préféré répondre à l’appel de ce « grand employ dont Dieu m’a honoré »[2] et rejoindre le pays de mission pour lequel il était destiné : le Tonkin.
Parcours atypique d’un missionnaire conduit par « l’action de Dieu », écrivait-il en 1663, qui, en lien avec Mgr Lambert de la Motte, vicaire apostolique de Cochinchine, se sent investi, en premier lieu, de la charge d’organiser ce « petit Corps » qui a reçu la « grâce singulière » de se porter dans les missions lointaines. Et dans cette même lettre écrite de Tenasserim, Mgr Pallu ajoute : « Je m’applique tellement à pourvoir au futur que je suis abondamment satisfait du présent. »
Organiser la Société des MEP
Toute sa vie de missionnaire est résumée dans cette phrase. En effet, l’évêque n’a cessé de poursuivre ce but : travailler à concevoir, structurer, organiser la jeune Société des Missions Étrangères, surmontant avec courage les déceptions, échecs divers qui ont entravé ou retardé l’avancée de la fondation de cette société de prêtres séculiers destinés à partir en mission. Ainsi, lors de l’échec du projet de construction d’un navire en Hollande destiné à conduire les missionnaires en Asie, en 1660, Mgr Pallu ne manifeste aucun découragement. 
Mgr Cotolendi témoigne : « L’expérience nous a fait voir qu’il est tellement au-dessus de tous événements, pour fâcheux qu’ils soient qu’on ne le voit jamais plus serein que quand il arrive quelque bourrasque et tempête en ses affaires. »[3]
De même, son emprisonnement aux Philippines en 1674, à la suite du naufrage du navire qui devait le conduire au Tonkin, puis son envoi en Séville pour juger son dossier par les autorités espagnoles, n’ont pas entravé ses projets apostoliques qu’il poursuit dès sa libération en se rendant immédiatement à Rome. Combien de séjours a-t-il passé dans la Ville éternelle, effectuant d’innombrables démarches afin d’affiner, de parachever le gouvernement des missions d’Asie, en particulier définir la formation d’un clergé local et la mise en place progressive d’une hiérarchie locale, ainsi que d’autres sujets essentiels au développement de l’œuvre missionnaire…
La rue du Bac
Aucune incertitude, aucune insuffisance ne sont laissées en suspens, toute avancée dans l’organisation des missions d’Asie doit recevoir l’approbation du Saint-Siège avant d’être mise en pratique dans les nouveaux vicariats apostoliques. Et entre deux séjours romains, le jeune évêque rejoint Paris où tout est encore à faire : choix d’un premier lieu de formation pour les futurs partants, au château La Couarde, propriété de sa cousine Madame de Miramion, puis, quelques années après, installation définitive du séminaire, rue du Bac à Paris. Il faut penser l’accueil des sujets et les envoyer après probation en Asie, assurer les circuits de cheminement de la correspondance, des envois de secours financier, tenir Rome informée de tout ce qui se décide, sans oublier, bien sûr, l’aide des bienfaiteurs qu’il est nécessaire de relancer en fonction des besoins de la société naissante. Entretemps, la nomination de procureurs à Paris et à Rome se donne comme but d’établir une relation active, on peut même écrire « interactive », entre le Saint-Siège, le Séminaire de Paris et les missions d’Asie.
L’intérêt des missions
Quant aux audiences accordées par le roi Louis XIV, le jeune évêque, au tempérament mesuré et plein de diplomatie, réussit à cal mer les inquiétudes du souverain au sujet des jésuites en mission dans les nouveaux vicariats apostoliques fondés en 1658. Il en va de même dans les rencontres avec le ministre Colbert : le jeune voyageur lui transmet les résultats de ses observations collectées sur la situation du commerce européen dans ces contrées lointaines et les possibles ouvertures de postes sur les routes des mers en Asie. Il en va de l’intérêt des missions, explique-t-il, d’établir des étapes réceptionnant le courrier, les envois d’argent et aussi servant de refuge en cas de troubles politiques dans les pays de mission. La fondation de la Compagnie des Indes orientales en 1664 va permettre de réduire les temps de voyage et simplifier les envois matériels. Ainsi se dessinent ces deux défis pour lesquels Mgr Pallu se dépense sans compter : établir en Asie même, à cette époque à Ayutthaya au Siam, le cœur de l’activité de la Société en lien avec le Séminaire de Paris chargé d’envoyer les nouveaux missionnaires et, d’autre part, former le plus rapidement possible un clergé et un épiscopat au sein de chaque Église naissante.
Et quand les problèmes sont en voie de résolution, Mgr Pallu reprend la mer, accompagné d’un groupe toujours plus important de jeunes missionnaires prêts à donner leur vie pour annoncer l’Évangile. À chaque retour en Asie, il retrouve avec joie ceux qui sont établis au Siam en raison de la fermeture du Tonkin et de la Cochinchine aux missionnaires. Mgr Pallu poursuit ce travail d’organisation avec Mgr Lambert de La Motte qui n’a pu rejoindre sa mission, mais a commencé à développer un apostolat s’appuyant à la fois sur les Instructions de 1659 puis sur les Monita ad Missionarios. Les deux évêques ont rédigé en 1665 ces règles de conduite destinées aux missionnaires. La protection et la bienveillance du roi du Siam, qui leur accorde plusieurs audiences, offre la liberté de prêcher le catholicisme dans le royaume et organiser clandestinement les premiers envois de missionnaires au Tonkin et en Cochinchine.

En accord avec Mgr Lambert de La Motte et les missionnaires présents, Mgr Pallu continue de rédiger et d’envoyer des rapports à Paris et à Rome sur la nécessité de confirmer et d’amplifier les facultés que le pape Alexandre VII a accordées aux vicaires apostoliques et étendre leur juridiction sur le royaume du Siam, base de repli pour les chrétiens persécutés d’Asie. C’est ainsi que Louis Laneau reçoit la charge du vicariat apostolique du Siam le 28 août 1673. Ces trois évêques décident la création d’un conseil composé de quatre procureurs qui seront les agents des quatre missions alors confiées aux MEP : Chine, Tonkin, Cochinchine et Siam. Ce conseil, transporté au Séminaire de Paris, est l’une des bases constitutives des MEP.
Un meneur d’hommes
Et tout au long de ses voyages vers l’Europe ou vers l’Asie, Mgr Pallu ne cesse d’écrire, lettres, rapports, mémoires dans lesquels, porté par un grand sens pratique, il y montre sa solide formation en théologie et en droit. Il écrit dès qu’il le peut : sur une table d’auberge, à bord d’un navire, au bord des chemins, pressé de transposer sur un parchemin ses idées nouvelles, ses réflexions qu’il envoie dès qu’il le peut aux correspondants de France, de Rome, d’Asie. Son biographe, Louis Baudiment, reconnaît son tempérament de meneur d’hommes qui voit très grand et rêve de « fonder un nouveau monde en Orient ». Et pour éviter que ses écrits ne se perdent, il envoie des copies qu’il consigne scrupuleusement : ainsi dans une lettre du 4 novembre 1671 de Surate, il énumère le nombre de lettres écrites au pape, aux cardinaux, aux bienfaiteurs de France, aux directeurs du Séminaire, soit une trentaine dont il envoie les copies par prudence. Le contenu de toutes ces lettres constitue le socle spirituel et juridique de la Société des Missions Étrangères. Et lors de son dernier voyage à Rome, de 1677 à 1681, il accélère la cadence des visites, audiences, il perçoit que son temps est compté. Répondant à sa prière, le bref Sacrosancti apostolatus, du 17 août 1678, constitue saint Joseph patron de la Société, patronage qui sera étendu à toutes les missions.
En 1680, déchargé du vicariat apostolique du Tonkin qui est confié à François Deydier, Mgr Pallu reçoit sa nomination de vicaire apostolique de Fujian en Chine. De Rome il rejoint Paris, négociant une dernière fois avec le roi Louis XIV la question délicate des religieux devant obéissance aux vicaires apostoliques. Une nouvelle fois la diplomatie de Mgr Pallu calme le souverain : le serment d’obéissance exigé sera prêté avec l’autorisation royale. Il profite de ses rencontres avec les ministres pour les inviter à établir des alliances avec le tsar, dans l’espoir de voir les ouvriers évangéliques pénétrer plus facilement en Chine par la Russie.
L’arrivée en Chine
Puis, après avoir rejoint le Siam sur un navire de la Compagnie des Indes, il s’embarque pour la Chine en 1683. Hélas, fait prisonnier à Formose par les partisans toujours actifs des Ming, son arrivée en Chine est retardée de plusieurs mois. Il débarque le 27 janvier 1684, à Zhang zhou au Fujian, et, aussitôt, demande aux religieux présents dans le vicariat de prêter le serment d’obéissance ordonné par le pape Innocent XI et promulgue les décrets qui concernent l’administration des sacrements. Mais, épuisé, malade, il se retire à Moyang avec Charles Maigrot, auquel il donne, en juillet 1684, les pouvoirs de provicaire et d’administrateur. Surmontant sa grande faiblesse, il continue d’écrire, en particulier à tous les membres de la Société leur recommandant, comme vertu première, l’union entre eux tous.

Mgr Pallu meurt le 29 octobre 1684, à Moyang, au Fujian où il est enterré. En août 1912, avec l’autorisation du Séminaire des Missions Étrangères et du vicaire apostolique du Fujian, Mgr Aguirre, ses cendres sont transférées à Hong Kong, dans la maison de retraite appelée Nazareth, puis elles sont ramenées dans la Salle des Martyrs à Paris le 4 mars 1954, où elles demeurent jusqu’à nos jours. À cette date, la grande œuvre co-fondée par Mgr Pallu a poursuivi et amplifié l’annonce de l’Évangile en Asie. De la Birmanie au Japon en passant par la Corée, les Églises locales se sont dotées progressivement d’une hiérarchie locale et d’un clergé local réalisant le souhait le plus cher du fondateur.
Catherine Marin, historienne des missions à l’Institut catholique de Paris
[1] Gilles Levery, François Pallu, une jeunesse tourangine, Revue Missions Étrangères de Paris, n° 627, juillet-août 2026, p. 60-65.
[2] AMEP, vol. 101, p. 137.
[3] Cité par Louis Baudiment in François Pallu, principal fondateur de la société des Missions Étrangères, Beauchesne, 1934, p. 87.
