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Présence des Missions Etrangeres de Paris en Chine, 1684-1955

Publié le 30/04/2026

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Sommaire

XVIIe-XVIIe siècles : Premières présences

1756-1840 : Consolidations au Sichuan et au Yunnan

1840-1950 : Une large expansion, du Tibet à la Mandchourie

(XVIIe-XVIIe siècles) Premières présences

Avant l’arrivée des MEP

A partir de la fin du XVIe siècle, les Jésuites assurent les premières passerelles culturelles entre la Chine et l’Occident. Après l’établissement du Patronat (Padroado), arrangement signé en 1494 entre les papes et les souverains espagnol et portugais afin de coordonner l’évangélisation des territoires nouvellement découverts, le pape Grégoire XIII installe en 1576 le premier siège épiscopal chinois dans la colonie portugaise de Macao, avec juridiction sur toute la Chine, le Japon et les îles avoisinantes. Arrivé à Macao en 1582, le jésuite italien Matteo Ricci y prépare le terrain de la mission chrétienne. Accompagné de confrères prêtres, il entreprend la première œuvre missionnaire dans les provinces côtières de l’Empire et à la cour de Pékin. C’est toutefois avec l’arrivée des ordres mendiants au milieu du XVIIème siècle (Dominicains en 1631 et Franciscains en 1639) que l’essor des missions en Chine intérieure est véritablement initié. En 1690, le pape Alexandre VIII crée deux évêchés titulaires à Pékin et à Nankin, dépendant

de l’archevêché de Goa. En 1692, les transferts scientifiques et artistiques réalisés par les missionnaires français jésuites envoyés par Louis XIV motivent l’empereur Kangxi à proclamer un édit de tolérance autorisant officiellement la pratique du christianisme dans l’Empire. En 1696, une nouvelle hiérarchie ecclésiastique est instaurée en Chine : en plus des trois évêques de Macao, Pékin et Nankin, neuf vicaires apostoliques sont nommés.

La « querelle des rites chinois »

A la fin du XVIIème siècle, le christianisme chinois, qui regroupe une centaine de missionnaires et environ deux cent mille néophytes, est ébranlé par la « querelle des rites chinois ». Ce conflit autour des cérémonies traditionnelles de culte destinées à Confucius, à l’empereur et aux défunts, divise au sein même des ordres missionnaires. Nombreux sont les missionnaires estimant que ces rites sont des pratiques idolâtres condamnables. D’autres, dont les Jésuites, les perçoivent comme de simples pratiques d’ordre civil. Un autre point de tension réside dans la façon de traduire le nom de Dieu.

Nommé vicaire apostolique du Fujian en 1687, Mgr Charles Maigrot (嚴檔 ) mène une enquête sur la religiosité chinoise, y décelant « de nombreuses incompatibilités avec la foi chrétienne[1] » : le culte des ancêtres lui parait « chargé de superstitions ». En vue de mettre fin aux divisions entre missionnaires, il publie le 26 mars 1693 un mandement interdisant la pratique des rites confucéens, ce qui a pour conséquence d’attiser la querelle. Entre temps, les Jésuites ont obtenu un rescrit de l’empereur établissant le caractère non superstitieux des rites en l’honneur des ancêtres. Les directeurs du séminaire des Missions étrangères écrivent alors une lettre de récrimination au pape. Cinq ans plus tard, dans un décret signé le 20 novembre 1704, le pape Clément XI décide de mettre fin à la controverse en prononçant un interdit définitif des rites chinois.

En 1705, Mgr Maigrot est envoyé à Pékin afin d’établir des relations régulières entre la papauté et l’empereur Kangxi. Cependant, le 17 décembre 1706, celui-ci proclame un édit exigeant que tous les missionnaires soient munis d’un piao, un billet les autorisant à enseigner en Chine à la condition qu’ils acceptent de ne pas s’opposer aux rites traditionnels. En réaction à cet édit impérial, le légat pontifical Mgr de Tournon publie un mandat le 7 février 1707 interdisant pratiquement à tous les missionnaires de signer le piao. Les missionnaires ont alors la responsabilité de dénoncer aux autorités civiles « les cérémonies en l’honneur de Confucius et des ancêtres comme inacceptables pour les chrétiens[2] ». Ces décisions sont approuvées par le pape Clément XI.

Le 19 mars 1715, ce dernier prononce la bulle Ex illa Die dans laquelle il condamne les rites chinois traditionnels et invite tous les missionnaires à prêter un serment d’obéissance aux décrets pontificaux interdisant les rites chinois. Un nombre important de missionnaires refusant d’adhérer au piao est alors expulsé de Chine. Désormais, l’apostolat repose sur les prêtres et catéchistes chinois exerçant leur ministère en toute clandestinité. Les successeurs de l’empereur Kangxi perpétuent quant à eux la répression du christianisme, déclaré « culte pervers ».

(1683-1756) Initiatives missionnaires

En 1658, trois vicaires apostoliques des MEP sont nommés par le pape Alexandre VII pour les missions d’Asie : Mgr Lambert de la Motte (郞伯爾 ) est destiné à la Cochinchine, Mgr François Pallu (陸方濟) aux provinces du sud de la Chine et Mgr Ignace Cotolendi à Nankin et au nord de la Chine. Dès le départ, l’enjeu pour les MEP est donc d’atteindre la Chine. En 1696, les négociations du P. Louis Quémener avec le pape Innocent XII posent les bases de l’action des MEP en Chine, dans un contexte de rivalité avec les missionnaires du Padroado qui refusent la présence française :

  • le pape donne davantage de libertés aux vicaires apostoliques en limitant géographiquement les juridictions des évêchés portugais ;
  • il élève Mgr Maigrot à la dignité d’évêque titulaire du Fujian, nomme le P. Le Blanc (雷勃郎 ou 李斐理 ) vicaire apostolique du Yunnan sans caractère et le P. Artus de Lionne (梁弘任), vicaire apostolique du Sichuan.

Au Fujian

Mgr Pallu est le premier missionnaire des MEP à entrer en Chine, en 1684, accompagné de Mgr Maigrot. Arrivé sur l’île de Taïwan depuis les Philippines, l’année où le gouvernement mandchou des Qing intègre cette marge à son territoire, il traverse le détroit de Formose pour atteindre le Fujian, où il meurt quelques mois plus tard.  Son successeur, Mgr Maigrot, est sacré vicaire apostolique du Fujian par l’évêque franciscain Mgr Bernardin della Chiesa, puis nommé évêque titulaire par le pape Innocent XI le 5 février 1687. Présent au Fujian jusqu’en 1709, Mgr Maigrot y mène à bien quelques projets apostoliques, peu à peu cristallisés autour de la querelle des rites dont il devient l’un des principaux protagonistes.

Au Yunnan

Le Yunnan est officiellement confié à la Société des missions étrangères en 1658, mais aucun missionnaire ne peut s’y rendre avant 1702. L’arrivée de Mgr Leblanc (vicaire apostolique du Yunnan depuis 1696) et du P. Danry (但利), cette même année, est de courte durée : après s’être respectivement installés dans la région de Longxi (district de Zhaoyang) et dans celle de Kunming, ils sont chassés en 1706 par une persécution violente. Mgr Le Blanc s’éteint en 1720 après des missions successives au Zhejiang, au Fujian et au Jiangxi. Les missionnaires de la Société ne peuvent revenir au Yunnan qu’en 1780. Cette mission, rattachée à celle du Sichuan en 1781, ne redevient autonome qu’en 1843.

Au Sichuan

La mission du Sichuan, créée en 1659, comprend le Guizhou jusqu’en 1846, ainsi que le Guangdong et le Guangxi jusqu’en 1848. Son premier vicaire apostolique, Mgr Artus de Lionne, confie aux PP. Jean Basset (白日升) et Jean-François Martin de La Baluère (巴呂埃) l’évangélisation de la ville de Chengdu ainsi que de la partie occidentale du Sichuan. En parallèle, il confie la partie orientale du Sichuan et la ville de Chongqing à deux Lazaristes, les PP. Appiani et Müllener, ce qui initie une série de disputes pour l’administration des chrétiens de ce territoire.

Le père missionnaire Jean Basset rédige en 1702 un long mémoire intitulé Avis sur la mission de Chine, dans lequel il fait état de l’inefficacité de l’apostolat conduit par l’Église au Sichuan depuis son implantation. Pour répondre à ce problème majeur, il prescrit la traduction de la Bible en chinois ainsi que l’élaboration d’une liturgie chinoise. Le P. Basset est l’auteur d’un petit catéchisme en chinois et d’une traduction chinoise du Nouveau Testament. Lors d’un voyage dans le Shaanxi, il recrute en vue de la prêtrise trois jeunes qui deviendront dans les décennies suivantes les principaux acteurs de l’apostolat au Sichuan.

En 1707, il reçoit l’ordre d’aller à Pékin pour adhérer au piao. Cependant, apprenant en cours de route que Mgr de Tournon n’autorise plus la demande du piao, il se conforme à cette injonction du légat. Les missionnaires français sont alors expulsés par les autorités chinoises pour avoir refusé de signer le piao. En décembre 1707, le P. Basset meurt de maladie à Canton tandis que le P. La Baluère se rend à Macao avec ses séminaristes chinois. C’est la fin de la cette première présence française au Sichuan.

En 1732, le prêtre chinois André Li, formé par les MEP, est envoyé au Sichuan. Rejoint par le P. Joachim de Martiliat (馬青山), il remonte le Fleuve Bleu et arrive à destination en 1734. Trois ans plus tard, Rome autorise définitivement les MEP à s’établir au Sichuan, et le Lazariste allemand Mgr Mullener en devient le vicaire apostolique. Il confie au P. André Li (李安德) la ville de Kiatin (Leshan), souhaitant le voir tenter une percée au Yunnan. Les MEP s’installent à Pengshan et créent également des communautés à Suifu (Yibin). Les missionnaires achètent enfin une maison dans la capitale provinciale de Chengdu.

Entre 1746 et 1747, les chrétiens subissent des persécutions et des châtiments violents, notamment lorsqu’ils refusent de pratiquer les rites traditionnels pendant les enterrements ou de prendre part au culte des ancêtres.  Mgr de Martiliat est finalement contraint de quitter la Chine en 1746, date à partir de laquelle le P. André Li reste le seul missionnaire MEP au Sichuan. Prêtre itinérant, il s’occupe des chrétiens de la province et entreprend la rédaction d’un journal dans lequel il rédige un compte-rendu de ses activités, destiné aux supérieurs de la Société. En 1749, il est rejoint par deux prêtres chinois, les PP. Luc Li et Etienne Siu, ordonnés à Macao en 1747.

IRFA, vue panoramique, Canton

(1756-1840) Consolidations au Sichuan et au Yunnan

Après dix années de seule présence de prêtres chinois au Sichuan, les missionnaires français y reprennent pied en 1756 avec l’arrivée du P. François Pottier. (博方濟) Jeune prêtre français ordonné à Tours en 1753, il prend en charge en tant que provicaire les 5 000 à 6 000 chrétiens que compte alors la province. En 1767, après avoir été arrêté puis torturé, il est nommé vicaire apostolique. En 1780, Mgr Pottier reprend l’œuvre de formation des futurs prêtres en fondant un séminaire à Long-ki (Longxi) dans la région du Nord Yunnan. De 1780 à 1814, quarante prêtres sortent de ce séminaire, transféré à Lo-lang-keou (Luoranggou) au sud du Sichuan, peu après son ouverture. A partir de 1783, Mgr Pottier est assisté par Mgr Jean de Saint Martin (馮若望 ou 郭桓開), son coadjuteur sacré évêque de Tcheng-tou (Chengdu) en 1784.

Après une période d’emprisonnement et d’exil, Mgr de Saint Martin revient en 1792 pour succéder à Mgr Pottier. Il choisit comme coadjuteur le P. Gabriel-Taurin Dufresse (徐德新), ancien missionnaire au Sichuan, emprisonné puis exilé à Macao, revenu clandestinement à Chengdu en 1789 pour s’occuper des missions du Sichuan oriental et du Guizhou. L’apostolat de Mgr de Saint Martin est prolifique : le nombre de chrétiens au Sichuan passe de 4 000 en 1756 à 40 000 en 1802.

En 1803, Mgr Dufresse réunit près de Chongqing le premier synode de Chine. Treize prêtres chinois et deux prêtres français y participent. En ressortent des décisions concernant principalement la pastorale des sacrements et un texte sur le ministère des prêtres appelant à la « discrétion dans les affaires temporelles ». Pour le P. Jean Charbonnier « les dispositions du synode du Sichuan guideront l’apostolat dans cette province jusqu’au Concile de Shanghai de 1924[1] ».

La présence des missionnaires crée toutefois un certain malaise au sein de la population. L’apostolat s’effectuant principalement dans les villages reculés du sud-ouest du pays, les autorités locales tendent à appliquer une interprétation plus ou moins sévère de l’édit impérial de 1706. De persécutions violentes ont lieu, principalement au Sichuan. En 1774, le P. Jean-Martin Moye (慕雅 ou 梅耶) et son catéchiste sont arrêtés et conduits au prétoire de Wuchuan avant d’être battus, emprisonnés puis libérés le dimanche de Pentecôte. Au moment des persécutions de 1812, Pierre Wu Guosheng, hôtelier dans la ville de Longping contribuant à transmettre sa foi à ses hôtes, est lui aussi arrêté, puis condamné à la strangulation. Cette répression sévère va parfois jusqu’à la mort violente  : en 1815, Mgr Dufresse et ses quatre compagnons prêtres chinois sont exécutés.

A partir de la fin du XVIIIème siècle, les vierges consacrées occupent également une place importante dans l’organisation des communautés chrétiennes du Sichuan. En 1744, Mgr de Martiliat leur élabore une règle de vie qui « adapte les principes de la vie religieuse aux circonstances spéciales dans lesquelles vivent les vierges chrétiennes[2]». Son successeur, Mgr Jean-Martin Moye, convaincu par la nécessité d’un apostolat des femmes par les femmes, leur confie la création d’écoles de filles et la tâche de baptiser les nouveau-nés en péril de mort. En 1779, il rédige un Avis aux âmes charitables d’Europe afin de débloquer des financements pour appuyer leur action.

 

(1840-1950) Une large expansion, du Tibet à la Mandchourie

La période coloniale, charnière pour l’apostolat des MEP

Avant la Première guerre de l’opium, en 1840, les missionnaires sont surtout considérés comme membres d’un « culte pervers » dans la mesure où le christianisme est interdit par les empereurs depuis 1706. Les missionnaires privilégient alors la discrétion en ciblant les provinces éloignées du centre du pouvoir situé dans le Nord-Est de la Chine. Toutefois, la chute de l’Empire mandchou amorcée à la fin du XIXème siècle plonge le pays dans un marasme économique et politique long d’un siècle. Dans le même temps, les puissances européennes portent leur regard sur la Chine. Cette conjonction pousse progressivement les missionnaires hors de la clandestinité.

Quant aux chrétiens chinois, perçus comme des traitres par leurs concitoyens, ils sont les premières victimes des persécutions, favorisées par les Guerres de l’opium (1839-1842 puis 1856-1860) puis par la révolte des Boxeurs en 1900. Pliant face à une supériorité militaire écrasante, le gouvernement mandchou est contraint de signer le traité de Nankin en 1842. En 1844, les Français envoient à Canton l’ambassadeur Théodore de Lagrenée qui signe un traité à Whampoa le 24 octobre. Des accords analogues sont signés par les Américains et les autres nations étrangères. Ces documents concèdent aux nations concernées un grand nombre d’avantages qui facilitent l’action des missionnaires. Parmi les concessions obtenues par ces traités, les étrangers bénéficient de privilèges d’extraterritorialité et sont jugés par leurs propres tribunaux. Les étrangers arrêtés sur le territoire mandchou, hors des ports ouverts, doivent donc être conduits à leur consul et n’ont pas le droit d’être maltraités.

Après l’exécution de Mgr Augustin Chapdelaine (馬賴) au Guangxi en 1856, l’indignation du consul de France à Canton et de l’évêque Mgr Zéphirin Guillemin (明稽將) offre un prétexte à Napoléon III pour initier une intervention armée aux côtés des troupes anglaises déjà engagées dans la Seconde guerre de l’opium. La signature du traité de Tianjin en 1858 renforce le statut du christianisme en territoire chinois, en garantissant la sécurité des chrétiens de toutes confessions et celle des missionnaires. Par la Convention de Pékin (1858), le christianisme est officiellement approuvé. En outre, « la légation française exerce un quasi-monopole dans la protection des Chrétiens[3] » : le consul de France est désormais habilité à délivrer des passeports garantissant la libre circulation des missionnaires de toute nationalité. Ce changement de situation profite au développement des chrétientés administrées par les MEP.

 

Au Sichuan

Au Sichuan, les persécutions cessent vers 1840. Mgr Pérocheau (馬伯爾 ), nommé après la mort de son prédécesseur Mgr Fontana (馮達拉 ) en 1838, entreprend la reconstruction de son vicariat pendant 23 ans. Il obtient que le Yunnan et le Guizhou soient érigés en missions indépendantes, puis sépare le Sichuan en trois vicariats apostoliques, tous confiés aux MEP. Le territoire administré par les MEP en 1860 est donc divisé en trois espaces distincts :

  • la région de Chengdu, correspondant approximativement à la mission du Sichuan occidental, comprenant les diocèses actuels de Chengdu et Shunking ;
  • la région de Chongqing, correspondant approximativement à la mission du Sichuan oriental, comprenant les diocèses actuels de Chongqing et Wanzhou ;
  • la région de Yibin (Suifu), correspondant approximativement à la mission du Sichuan méridional, comprenant les diocèses actuels de Yibin, Leshan et Jianchang.

Mgr Pérocheau prend la tête du vicariat apostolique du Sichuan occidental à sa création. En 1861, à sa mort, Mgr Pinchon (洪廣化) lui succède. En 30 ans d’épiscopat, il construit de nombreuses églises et écoles, ainsi qu’un séminaire à Ho-pa-tchang (Hebachang) en 1875. En 1880, il préside le synode de Suifu rassemblant les évêques de la région. A sa mort, en 1891, le vicariat compte 31 missionnaires administrant 40 000 catholiques[4]. A partir de 1895, sous l’épiscopat de Mgr Dunand (杜昂 ), vicaire apostolique de 1893 à 1915, l‘évêché est confronté à des troubles politiques entrainant des persécutions périodiques. En 1926, sous l’épiscopat de Mgr Rouchouse (駱書雅), la partie orientale de la mission est laissée à l’administration directe d’un clergé chinois.

Érigé en mission indépendante en 1860, le Sichuan méridional a pour premier vicaire apostolique Mgr Pichon (秦必勝).  La mission ne compte alors que deux missionnaires européens. En 1871, son successeur, Mgr Lepley (孟若望), entreprend l’évangélisation du Kientchang (Ningyuan). A sa mort, en 1886, la mission compte 25 missionnaires administrant 18 000 chrétiens[5]. A partir de 1887, l’épiscopat de Mgr Chatagnon (沙得容) est ébranlé par les persécutions et les pillages. En 1910, Ningyuan est érigée en mission indépendante, confiée à Mgr de Guébriant. En 1920, à la mort de Mgr Chatagnon, 32 missionnaires s’occupent du vicariat apostolique. Son épiscopat est suivi de celui de Mgr Fayolle 劉 (1920-1931) puis de celui de Mgr Renault (唐靄鐸 ).

Le premier vicaire apostolique du Sichuan oriental est Mgr Desflèches (范若瑟 ), nommé en 1856. Rapidement, celui-ci doit faire face aux persécutions au cours desquelles sont tués les PP. Mabileau (冯碧樂 ) et Rigaud (李國 ), puis le P. Hue (余). Mgr Desflèches démissionne en 1883. En 1891, Mgr Chouvellon (舒福隆 ) prend la relève pendant 33 ans, construit l’hôpital de Chongqing, confié aux Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie. En 1927, la partie nord-est de la mission est cédée au clergé local et forme alors le vicariat apostolique de Wanhsien (Wanxian).

Au XIXème siècle, certains missionnaires contribuent au développement des connaissances scientifiques de la Chine, à l’exemple du P. Paul Farges (方羅日), envoyé en 1871 dans le district de Tchen-kou (Chenkou), au Sichuan Oriental. Pendant 29 ans, il parvient à y acclimater la pomme de terre, le topinambour, ou encore le seigle. Il envoie de très nombreux spécimens de plantes locales au Muséum d’histoire naturelle de Paris, et utilise les aumônes découlant de la vente au profit de l’amélioration des conditions de vie des chrétiens sous sa juridiction.

 

Au Yunnan

Le Yunnan est détaché de la mission du Sichuan en 1840 et érigé en vicariat apostolique par le pape Grégoire XVI. Le P. Joseph Ponsot (袁棚索) est missionnaire du Sichuan depuis dix ans quand il est désigné évêque du Yunann en 1843. Ce vicariat apostolique compte alors 4 000 chrétiens et 30 stations, dans une province de 12 millions d’habitants[6]. Installé à Longki (Longxi), Mgr Ponsot y construit un séminaire et parvient à établir une chrétienté à Yunnanfu (Kunming). Après avoir nommé le P. Chauveau (丁碩臥 ou 丁德安) comme coadjuteur, il entame la visite de son vicariat pendant deux ans. En 1860, il tient un synode à Longxi. Toutefois, la persécution qui sévit durant ces mêmes années ralentit ses efforts. Le P. Vachal (文) est tué en 1851. En 1874, une révolte dans la partie ouest de la province entraîne le massacre du P. Baptifaud (傅). Plus tard, le P. Terrasse (張若望) succombe lui aussi, lors de persécutions dues à la guerre franco-chinoise (1883-1885). Une fois le calme revenu, Mgr Fenouil (古分類 ) entame la reconstruction du vicariat apostolique. A sa mort, en 1907, il est remplacé par Mgr Gorostarzu (金蘿旦), qui fait appel aux Sœurs de Saint-Paul de Chartres à Yunnanfu. Nommé délégué des vicaires apostoliques de Chine méridionale, il participe à la réunion préparatoire de l’Assemblée générale des Supérieurs de la Société des missions étrangères à Hongkong, en 1921. A l’issue de cette Assemblée, il confie la partie ouest de sa mission aux Pères du Sacré-Cœur de Bétharram. En 1933, son successeur, Mgr de Jonghe (雍守正), confie la partie nord-est du vicariat au clergé chinois.

Les MEP contribuent au développement des connaissances du Yunnan en France, notamment par la figure du P. Paul Vial (鄧明德) qui vit auprès des ethnies sani et lolo (Yizu) du Yunnan et fait imprimer en 1909 le premier dictionnaire en langue lolo.

 

Au Guizhou

Le Guizhou est détaché de la mission du Sichuan en 1846. De 1846 à 1922, les missionnaires sont actifs dans toute la province. Après la division de la mission en 1922, ils se répartissent entre deux zones, la région de Guiyang (Kweiyang) et celle d’Anlong (Lanlong).

En 1846, le P. Albrand (白斯德望), missionnaire au Siam, en est nommé premier vicaire apostolique. Lorsqu’il meurt en 1853, le vicariat compte 2 200 chrétiens[7]. Malgré l’action des missionnaires, le contexte politique et économique de cette fin de siècle tumultueuse contribue à renforcer l’hostilité de la population chinoise à l’égard de cette présence étrangère. Ainsi, le 18 février 1862, le P. Jean-Pierre Néel (文乃而), alors en mission dans le Guizhou, est soudainement arrêté puis attaché par la natte à la queue d’un cheval avant d’être trainé jusqu’au magistrat de Kaiyang Dai Luzi. Malgré la législation en vigueur depuis les traités inégaux, il est décapité avec ses catéchistes et la vierge Lucie Yi. Confronté à ce nouveau scandale, le consulat français fait détruire le yamen (tribunal) de Guiyang, capitale de la province, et y dresse une église des martyrs.

En 1878, Mgr Lions (李萬美), successeur de Mgr Faurie (胡縛理), fait face à une persécution dans la préfecture de Hingi-fu (Lanlong) entraînant la mort de 14 catéchumènes. Plus tard, la guerre franco-chinoise (1883-1885) génère de nouvelles persécutions. Ces tensions culminent lors de la révolte des Boxeurs en 1900. Soutenus par l’impératrice Cixi, des groupes violents se soulèvent dans tout l’empire afin de « protéger le pays » et « détruire l’étranger ». Les milices attaquent, pillent et incendient villages chrétiens et églises. L’impératrice douairière proclame un décret appelant à « exécuter les étrangers dans tout l’Empire ». Au total, 11 missionnaires MEP meurent entre 1900 et 1905.

Mgr Guichard (易德謙), successeur de Mgr Lions, est assassiné en 1913. En 1922, sous l’épiscopat de Mgr Seguin (施恩), la partie sud-ouest de la province est détachée de Guiyang et devient la mission de Lanlong, confiée aux MEP. En 1932, c’est au tour de la partie nord-est d’être cédée aux missionnaires de la province allemande du Sacré-Cœur d’Issoudun. En 1933, le vicariat compte 28 missionnaires et 31 prêtres indigènes[8].

Érigée en préfecture apostolique en 1922, Lanlong devient un vicariat apostolique en 1927. Son premier préfet apostolique est Mgr Carlo. Les MEP œuvrent notamment auprès des Dioï, des descendants d’anciens soldats installés dans la province depuis le Xème siècle et apparentés à l’ethnie thaï. En 1936, ce vicariat est composé de 16 missionnaires MEP[9].

 

Aux Guangdong et Guangxi

Le Guangdong et le Guangxi sont érigés en mission autonome en 1848. C’est à cette date que leur évangélisation par les MEP commence. Après la division de la mission en 1868, ils se répartissent entre deux zones :

  • la région de Guangzhou (Canton), correspondant approximativement à la mission de Canton. Elle comprend les diocèses de Guangzhou, Jiangmen, Beihai (Pakhoi), Meixian, Shantou (Swatow) et Shaoguan.
  • la région de Nanning, correspondant approximativement à la mission du Guangxi. Elle comprend les diocèses de Nanning, Wuzhou, Guilin et Haizhou.

Alors intégrée à la mission du Sichuan, la province du Kouangtong (Guangdong) est évangélisée par les MEP dès 1683. Cependant, en 1732, l’édit de l’empereur Yongzheng expulse tous les missionnaires. Ces derniers ne sont plus autorisés à entrer à Canton, et cette interdiction persistera jusqu’au traité de Nankin en 1844. En 1848, la Propagande confie aux MEP la mission du Guangdong. Le P. Libois (李播) en est nommé préfet apostolique et le P. Guillemin (明稽將) est le premier missionnaire envoyé avant d’être sacré évêque en 1856. Les MEP ont alors la juridiction sur le Guangdong, le Guangxi et l’île de Hainan. A l’emplacement de l’ancien palais du vice-roi de Canton, Mgr Guillemin établit un grand séminaire, une école de catéchistes, un orphelinat et une cathédrale. Mgr Chausse succède à Mgr Guillemin en 1881. A sa mort en 1900, la mission compte 57 missionnaires MEP, 12 prêtres indigènes et 42 000 chrétiens[10].

Le Guangdong et le Guangxi obtiennent le statut de vicariat apostolique en 1914. Peu après, le vicariat de Swatow (Shantou) est détaché de celui du Guangdong. Mgr Rayssac (實茂芳) devient le premier évêque et administrateur intérimaire de la mission de Canton, jusqu’en 1916. Il est alors remplacé par Mgr de Guébriant. Ce dernier souhaitant diviser son immense vicariat, il crée la mission de Shiuchow (Chaozhou) en 1920, confiée aux Salésiens italiens de Dom Bosco, de Pakhoi (Beihai) en 1920, administrée par les MEP, et de Kongmoon (Jiangmen) en 1924, léguée aux missionnaires américains de Maryknoll. En 1920, Mgr de Guébriant est choisi comme Supérieur général des MEP et doit laisser son vicariat à Mgr Fouquet. En 1936, le vicariat de Canton compte 18 missionnaires et 35 prêtres chinois[11].

La mission du Guangxi est détachée de celle du Guangdong pour devenir une mission autonome en 1868, puis une préfecture apostolique en 1875. Le premier préfet apostolique en est Mgr Foucard (富幹道). La guerre franco-chinoise (1883-1885) conduit à l’expulsion des missionnaires et à la suppression des communautés chrétiennes dont ils étaient en charge. La situation de la mission demeure précaire durant les épiscopats de Mgr Chouzy (司立修, 1891-1899) et Mgr Lavest (羅惠良, 1900-1910). Cependant, le ministère de Mgr Ducoeur (劉志忠, 1911-1929) connait une certaine accalmie. En 1924, il cède la partie nord-ouest de la province à la mission de Lanlong, tandis que la partie est et nord-est est confiée aux Pères américains de Maryknoll. Le Guangxi compte alors 6 000 chrétiens, 19 missionnaires et 9 prêtres locaux[12].

 

En Mandchourie

En 1831, la Propagande demande aux MEP de prendre en charge la mission de Corée. Mgr Barthélémy Bruguière en est nommé premier vicaire apostolique. Toutefois, le 21 septembre 1839, le martyr des trois premiers missionnaires de Corée suscite des inquiétudes au Séminaire des Missions Étrangères à propos de la pérennité de cette toute nouvelle mission. Il est alors décidé qu’un point d’ancrage serait établi aux portes de la péninsule coréenne, où les missionnaires pourraient préparer les modalités de leur entrée en Corée. Seule une base d’opération dans la province chinoise de Mandchourie pouvait répondre à cet objectif.

Ainsi, le 8 novembre 1838, les directeurs des MEP obtiennent de la Propagande le nouveau vicariat apostolique de Mandchourie et du Liaodong, tandis que deux ans plus tard les Lazaristes – qui œuvraient jusqu’alors dans les territoires du Nord-Est de la Chine – obtiennent la charge du nouveau vicariat apostolique de Mongolie.

Le 12 décembre 1838, le P. Emmanuel Verolles (方濟各 ou 吳樂爾) est nommé premier vicaire apostolique de Mandchourie, avant d’être sacré évêque en 1840. Quatre ans plus tard, il est rejoint par le P. Siméon Berneux (張), tout juste libéré des prisons du Tonkin. Progressivement, les missionnaires contribuent au développement d’une chrétienté durable dans la région. Dans le petit village de Xiao ba jia zi est créé un centre de formation pour futurs prêtres et religieuses qui devient rapidement un nid de vocations. Détruit en 1900 lors de la Révolte des Boxeurs, il sera reconstruit par le P. Joseph Cubizolles (古). Ce dernier veille aussi sur le noviciat des Vierges chinoises du Saint-Cœur de Marie. En 1907, Mgr Pierre Lalouyer (藍祿葉) lui confie la chrétienté de la ville de Jilin (Kirin) ainsi que la charge du grand séminaire construit entre 1912 et 1928.

En 1898, la mission de Mandchourie septentrionale est séparée de celle de Mandchourie méridionale ; son territoire s’étend du Nord de la ville de Harbin jusqu’au fleuve Amour. Au début du XXème siècle, la Mission Saint Joseph est fondée à l’initiative du P. Henri Noubin. Cette « colonie catholique » accueille les familles catholiques dispersées sur un territoire très étendu.

En juillet 1900 à Shenyang (Moukden), capitale de la Mandchourie méridionale, le P. Laurent Guillon (紀 ) est tué dans sa cathédrale avec ses fidèles par les Boxeurs. La cathédrale est ensuite incendiée.

 

Au Tibet: pour plus d’information concernant la mission au Tibet, merci de consulter le portail Tibet de l’IRFA

Les procures de Hongkong et Macao

Installation de procures pour faciliter les échanges avec Paris

Les rapports des missions avec le Séminaire de la rue du Bac sont assurés par des maisons de correspondance appelées procures. Celles-ci offrent l’hospitalité aux missionnaires en route pour leurs missions d’Extrême-Orient ou de retour vers la France, et elles reçoivent et transmettent à leurs destinataires les objets expédiés du Séminaire, de l’argent, etc. Véritable appui matériel pour les missionnaires, elles sont administrées par un procureur, qui joue le rôle d’intermédiaire entre le Séminaire de Paris et les missions d’Asie. En Chine, la procure déménage à plusieurs reprises :

  • 1685 : création de la procure de Canton
  • 1732 : transfert de la procure de Canton à Macao
  • 1847 : transfert de la procure de Macao à Hongkong
  • 1864 : création de la procure de Shanghai

Le procureur, père supérieur placé à la tête de la procure, décide des destinations des missionnaires en Chine.

En 1847, le P. Libois, procureur depuis cinq ans, transfère la procure de Macao à Hongkong où « l’administration libérale anglaise est plus accueillante et prometteuse que le contrôle portugais »[14] . En 1864, il installe la procure à Shanghai pour répondre à une demande pressante de nombreux missionnaires de Chine. Le P. Pierre-Xavier Cazenave en devient le premier procureur. Facile d’accès, la procure de Shanghai devient une importante source de financement grâce aux possibilités offertes dans la concession française.

 

L’imprimerie de Nazareth et la maison de repos de Béthanie

En 1884, les MEP créent une imprimerie sur l’île de Sancian (Shangchuan), connue pour être le lieu de décès de saint François-Xavier, et à l’abri des bandits sévissant en Chine continentale. Cependant, l’imprimerie est obligée de déménager à de multiples reprises. Les incursions des pirates la poussent d’abord à s’installer à Macao. Plus tard, les rivalités avec les Portugais imposent un nouveau transfert à Hongkong.

IRFA, Imprimerie de Nazareth, Hong Kong

Béthanie est le premier sanatorium à être construit à Hongkong. Acheté par le P. Osouf, procureur des MEP à Hongkong, en 1873, le site est aménagé en 1875 pour servir de lieu d’accueil et de soins aux prêtres et aux missionnaires venant de l’ensemble des missions d’Asie. Son premier supérieur est le P. Rousseille. Quelques années plus tard, sur la colline voisine est construite la maison de retraite de Nazareth, accueillant les missionnaires retraités venant des différents vicariats apostoliques. Entre 1875 et 1975, le sanatorium reçoit environ 6 000 visites de missionnaires MEP[15].

A la demande du P. Monnier (毛) en 1885, une grande imprimerie est construite sur le site de Nazareth pour que les pères retraités puissent contribuer aux travaux de publication. Les livres devant servir à l’instruction religieuse, morale et spirituelle, ils sont souvent écrits dans la langue vernaculaire des peuples qui les utiliseront[16]. Les textes publiés par les missionnaires à Nazareth sont surtout des « livres de prière, des catéchismes, des livres d’apologétique, des vies de Saints ou bien des manuels en latin destinés à la formation des [17] ». On y trouve aussi de nombreux ouvrages écrits en français traitant de linguistique, d’ethnographie, de botanique ou d’histoire naturelle. Ces études réalisées par les missionnaires dans les territoires apostoliques contribuent au développement des connaissances de la Chine et de l’Asie. Quelques exemples de publications missionnaires à Nazareth :

  • En 1939, le P. François Goré (古純仁) popularise la géographie du Tibet et publie une étude d’ensemble intitulée Trente ans aux portes du Tibet interdit 1908-1938.
  • En 1920, le P. Henri Lamasse (染) publie son Nouveau manuel de langue écrite chinoise.
  • En 1934, le P. Lucien Gibert (紀懷德), publie un Dictionnaire historique et géographique de la Mandchourie, comprenant 1040 pages avec de nombreuses cartes.

Les textes publiés par les MEP à Hongkong s’adressent également aux lecteurs chinois et aux séminaristes, avec des livres en latin. Les études et ouvrages publiés sont envoyés dans les provinces de Chine où exercent les MEP (Guizhou, Guangxi, Yunnan, Tibet).

En 1891, Nazareth s’installe à Richmond Terrace, dans le quartier de Kennedy Town, puis en 1896, est définitivement installée dans la propriété de Douglas Castle. En 1952, les supérieurs des MEP ferment l’imprimerie, jugeant sa rentabilité trop faible. En 1974, le sanatorium de Béthanie connaît le même sort. Il rouvre en 2003, restauré par le gouvernement de Hongkong.

L’action de Mgr de Guébriant et l’affirmation d’une diplomatie vaticane

Parallèlement au développement des missions en Chine, le Vatican s’investit de plus en plus dans la région. Dans le même temps, la dégradation du contexte politique et économique en Chine et la montée d’un sentiment nationaliste éloigne progressivement la population de l’Église. Au début du XXème siècle, après la défaite de la Chine contre le Japon en 1895, les premières idées communistes et nationalistes naissent en Chine. De l’autre côté de l’espace eurasiatique, la politique de la France républicaine anticléricale à l’égard des missionnaires ne sert désormais qu’à protéger ses intérêts dans la région.

GUEBRIANT (BUDES de) Jean-Baptiste

Le 22 juillet 1919, Mgr de Guébriant (MEP) est chargé par le Pape Benoît XV d’effectuer une visite apostolique des vicariats de Chine. Lors de son voyage, Mgr de Guébriant se penche sur les évolutions récentes du contexte politique chinois et de la place de l’Église dans la transition que connait la Chine. Il souhaite la promotion d’un clergé local, notamment par la nomination d’évêques chinois ainsi que par l’accueil et la formation des étudiants chinois partis en Europe. Le 30 novembre 1919, ses efforts permettent l’élaboration de la lettre pontificale Maximum illud du Pape Benoit XV, proclamant « à point la nécessité d’une prise en charge de l’Église locale par des prêtres et évêques du pays, dégagés de l’emprise coloniale »[18].

En 1922, Pie XI envoie en Chine le délégué apostolique Mgr Celso Costantini. C’est la fin d’un long protectorat français sur les missions. Plus tard, en 1923, deux prêtres chinois sont nommés préfet apostolique et supérieur de mission. L’année suivante, Mgr de Guébriant fonde à Paris l’Association catholique de la jeunesse chinoise et crée un hebdomadaire en chinois ainsi qu’un mensuel français. En 1925, devenu supérieur des MEP, il met en place le Cercle des étudiants d’Extrême-Orient.

En 1924, le délégué apostolique Mgr Costantini préside le concile des évêques catholiques à Shanghai au cours duquel est discuté un programme de formation d’un clergé chinois visant à assurer la relève. L’Église de Chine, composée en majeure partie d’acteurs étrangers, laisse progressivement la place à un clergé chinois, dans le respect des objectifs premiers de la Propagande, fixés au début de l’entreprise missionnaire. Le 18 octobre 1926, le Pape ordonne les 6 premiers évêques chinois. Mais ces efforts de soutien à un clergé chinois naissant sont encore trop lents. De 1930 à 1933, Mgr de Guébriant fait une tournée générale des missions des Indes et d’Extrême-Orient. En 1931, sa visite apostolique des missions de Chine marque « la plus grande expansion des MEP en Chine »[19], dont la juridiction s’étend sur 14 vicariats apostoliques. Le XXème siècle, marqué par une vague missionnaire MEP en Chine, laisse cependant peu de place au clergé chinois.

 

(1912-1937) Le Vatican et la République de Chine

En 1912, dans le sillage de l’effondrement de l’empire mandchou des Qing, est proclamée la République de Chine. Au lendemain de la Première guerre mondiale, les dirigeants chinois entament une politique d’unification nationale d’un territoire profondément divisé, politique qui passe notamment par la lutte contre l’impérialisme étranger. Néanmoins, stimulée par les relations avec le Vatican, la politique chrétienne du gouvernement nationaliste évolue vers une acceptation partielle de la présence du christianisme en Chine.

Face à la diminution du poids des puissances étrangères dans la politique intérieure chinoise et aux nouveaux rapports de forces qui en découlent, la position du Saint Siège évolue. Le 1er août 1928, un message du Pape applaudit la fin de la guerre civile et l’unification de la Chine. La République de Chine fait elle-aussi des efforts dans ce sens. Si l’enseignement de la religion est interdit dans les écoles, la liberté religieuse semble respectée. Plus tard, en 1935, une lettre du ministère de l’Éducation stipule que « les rites confucéens exigés dans les écoles sont purement politique, sans caractère religieux ».

Ces efforts de coopération intègrent également un contexte de rivalité entre nationalistes et communistes chinois. Par exemple, en 1937, l’encyclique Divini Redemptoris condamne « le communisme athée comme destructeur de la personne humaine et de la famille ». L’Église catholique est encouragée à s’intégrer à la société chinoise.

Transferts des juridictions MEP en Chine à de nouvelles congrégations[20]

Date du transfert Congrégation Territoire cédé
1924 M. E. Maryknoll Wuchow (Guangxi)
1925 M. E. Maryknoll Fushun (Shenyang)
1925 S. S. de Picpus Hainan (Beihai)
1925 Bétharram Dali (Yunnan)
1926 M. E. Maryknoll Kaying (Shantou)
1927 S. C. d’Issoudun Kweiyang (Guiyang)
1857 B. de Ste-Odile Yenki (Jilin)
1927 B. de Ste-Odile Ila (Jilin)
1928 Bethléem Tsitsikar (Jilin)
1928 M. E. Canada Szepinkai (Shenyang)

 

Présence MEP en 1936

Missions de Chine méridionale

141 missionnaires en 1936

Missions de Chine occidentale

115 missionnaires en 1936

Missions de Mandchourie

32 missionnaires en 1936

 

Yunnan

25 missionnaires

 

Guizhou

28 missionnaires

 

Guangdong

18 missionnaires

 

Guangxi

19 missionnaires

 

Lanlong

16 missionnaires

 

Beihai

16 missionnaires

 

Shantou

19 missionnaires

 

Sichuan occidental

26 missionnaires

 

Sichuan méridional

28 missionnaires

 

Sichuan oriental

32 missionnaires

 

Tibet

17 missionnaires

 

Ningyuan

12 missionnaires

 

Mandchourie septentrionale

 

Mandchourie méridionale

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1937-1945) L’action apostolique des MEP pendant la guerre sino-japonaise

Le 18 septembre 1931, « l’incident de Moukden » entérine un nouveau conflit entre le Japon et la Chine. Les Japonais font exploser la ligne de chemin de fer située au sud de la Mandchourie, rejettent la faute sur les Chinois, et occupent Moukden, Changcun et Jilin. En 1932, ils créent l’État fantoche du Mandchoukouo et placent le dernier empereur Puyi à sa tête. Isolées, les missions catholiques se retrouvent dans un premier temps coupées du Saint Siège qui refuse d’envoyer des diplomates dans un État non reconnu par la Société des Nations de laquelle le Japon s’est récemment retiré. Finalement, Mgr Gaspais (高德惠) est nommé représentant du Saint-Siège par le préfet de la Propagande – et non par la secrétairerie d’État du Vatican. Sa mission est de défendre les intérêts de l’Église au Mandchoukouo. En 1935, il parvient à obtenir d’un général japonais la garantie que le rituel confucéen « est purement d’intérêt politique et sans caractère religieux ».

En 1937, l’invasion japonaise pour le contrôle de la Mandchourie et du Nord de la Chine, attise les tensions. Les missionnaires sur place s’occupent des réfugiés et des blessés, malgré la destruction de plusieurs églises par les Japonais. Les rangs des missionnaires sont aussi touchés par le conflit sino-japonais : entre 1937 et 1945, huit pères MEP sont tués. Le 29 juin 1940, les PP. Henri Sonnefraud (信) et Robert Castiau (嘉) sont assassinés par des Japonais sur l’île de Weizhou, au sud de la Chine.

Les chrétiens sont aussi accusés par les forces communistes de collaborer avec les Japonais, argument allégué par la position prise par l’Église vis-à-vis du Mandchoukouo. A Moukden (Shenyang), Mgr André Vérineux (費聲遠), évêque du nouveau diocèse de Yingkou, est obligé de fuir à Taïwan, et prend la tête de la préfecture apostolique de Hualien en 1952.

(1946-1951) Derniers élans missionnaires avant l’avènement de la République populaire

En décembre 1945, à l’issue de la guerre, 169 missionnaires MEP proposent leur candidature pour un départ vers la Chine.  Comme dans de nombreux pays asiatiques, Rome accélère le processus de transition d’un clergé de missionnaires vers un clergé indigène. En février 1946, le Pape Pie XII nomme cardinal l’évêque de Qingdao, Mgr Thomas Tian. Cette politique prend un réel tournant en avril 1946 lorsque le pape organise officiellement l’Église de Chine en vingt provinces ecclésiastiques placées chacune sous l’autorité d’un archevêque. En 1946, sur 5 788 prêtres catholiques en Chine, 2 698 sont chinois et 313 missionnaires sont affiliés aux MEP[21]. Ces changements atteignent progressivement le sommet de la hiérarchie de l’Église de Chine au sein de laquelle on compte de plus en plus de représentants chinois. Néanmoins, si les vicariats apostoliques deviennent des diocèses, les évêques sont encore des étrangers. Seuls les diocèses de Ya’an, Nanchong et Wanxian sont à la charge d’évêques chinois.

Le 1er octobre 1949, Mao Zedong proclame la République populaire de Chine. La défaite des nationalistes face aux communistes chinois suivie de l’avènement de la RPC change radicalement la donne : les MEP font bientôt face à une vague massive d’expulsions. Accompagné de 80 sœurs, le P. François Boschet (包萬才) traverse la Chine en 1945 pour se rendre à Taichung. Après avoir été arrêté et jugé, le groupe est finalement expulsé de Chine dans les premières années du nouveau régime.

 

(1951-1955) Expulsions des missionnaires

Face à ces évolutions périlleuses pour la stabilité des missions MEP, les missionnaires redoublent d’efforts pour se faire accepter. Dans les Marches tibétaines, le P. Ferdinand Pecoraro (牧德全) mène une expédition pour ramener du fourrage à un peloton de l’Armée Rouge.  Il est malgré tout expulsé en 1953. Les missionnaires se trouvent isolés et sont souvent dénoncés par la population.  Le lancement de la réforme agraire (1950-1953) et la dénonciation des propriétaires terriens provoque un acharnement contre eux. Possédant quelques exploitations pour vivre et soutenir leur action, ils sont contraints de « rembourser leur dette envers le peuple qu’ils ont exploité[22] » et se voient confisquer leurs terres. Nombre d’entre eux sont déportés puis soumis à un jugement populaire.

Finalement, entre 1951 et 1955, par de multiples moyens de pression (taxes importantes, travail forcé, interdiction de circuler, condamnation à mort commuée en exil, etc.) tous les missionnaires étrangers sont poussés à quitter la Chine, soit environ 5 000 prêtres et religieuses catholiques. Les exilés sont pour la plupart reconduits aux portes de la Chine populaire, à Hongkong, à l’issue d’un voyage dans des conditions souvent inhumaines. Au total, entre 1949 et 1955, 204 missionnaires MEP sont expulsés de Chine. Le Séminaire de Paris envoie le P. Émile Destombes, vicaire général des MEP, à Hongkong pour y réceptionner les missionnaires. Une fois soignés et reposés, ceux-ci sont envoyés pour de nouvelles destinations asiatiques, que ce soit à Taïwan ou auprès de diasporas chinoises où leur connaissance du mandarin leur permet d’exercer à nouveau leur ministère. Les ex-missionnaires de Chine se répartissent alors entre le Cambodge, l’Inde, le Japon, le Laos, Madagascar, la Malaisie et Singapour, Taïwan, la Thaïlande et le Vietnam.

 

Notes:

[1] CHARBONNIER Jean, Histoire des chrétiens de Chine, Paris : Les Indes savantes, 2002, p. 179.

[2] CHARBONNIER Jean, « Les Missions Étrangères en Chine : Tibet – Mandchourie – Hongkong – Taiwan », Les Missions Étrangères en Asie et dans l’océan Indien, Paris : Les Indes savantes, 2007, p. 56.

[3] CHARBONNIER Jean, Histoire des Chrétiens de Chine, Paris : Les Indes savantes, 2002, p. 203.

[4] « La Société des Missions-Étrangères dans la Chine occidentale », Annales de la Société des Missions Étrangères, 1936, p. 195-206.

[5] Ibid.

[6] « La Société des Missions-Étrangères dans la Chine méridionale », Annales de la Société des Missions Étrangères, 1936, p. 244-253.

[7] Ibid.

[8] Ibid.

[9] Ibid.

[10] « La Société des Missions-Étrangères dans la Chine Méridionale », Annales de la Société des Missions Étrangères, 1936, p. 244-253.

[11] Ibid.

[12] Ibid.

[13] FAUCONNET-BUZELIN Françoise, Les porteurs d’espérance. La mission du Tibet-Sud (1848-1854), Paris : Éditions du Cerf, 1999, p. 179

[14] CHARBONNIER Jean, « Les Missions Étrangères en Chine : Tibet – Mandchourie – Hongkong – Taiwan », Les Missions Étrangères en Asie et dans l’océan Indien, Paris : Les Indes savantes, 2007, p. 68.

[15] LE PICHON Alain, Béthanie et Nazareth – Les Pères des Missions Étrangères à Hong Kong, Hong Kong : Hong Kong University Press, 2008, p. 57.

[16] Ibid. p. 98.

[17] CHARBONNIER Jean, Histoire des Chrétiens de Chine, Paris : Les Indes savantes, 2002, p. 241.

[18] CHARBONNIER Jean, Histoire des Chrétiens de Chine, Paris : Les Indes savantes, 2002, p. 252.

[19] CHARBONNIER Jean, « Les Missions Étrangères en Chine : Tibet – Mandchourie – Hongkong – Taiwan », Les Missions Étrangères en Asie et dans l’océan Indien, Paris : Les Indes savantes, 2007, p. 70.

[20] DESWAZIERES Gustave, La Société des Missions Étrangères en Chine de 1880 – 1930, Hongkong : Imprimerie Nazareth, 1930.

[21] Ibid.

[22] Ibid, p. 71.

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